Voyage, voyage…

Lettre à Christophe Colomb
D’un jeune philosophe du 18ème

Cher Cristobal,

Quand ta caravelle poussée par des vents favorables a abordé les Caraïbes, tu n’avais pas imaginé la suite de ton long voyage.
Les Indiens, nus et peints,  qui t’attendaient sur les plages et qui t’ont offert leurs bijoux en or en échange de perles de couleurs ont disparu presque tous.
A la recherche de l’Eldorado, poussé par leur folie les hommes venus de l’Occident les ont fait travailler dans les mines pour extraire « le fabuleux métal », jusqu’à l’épuisement.

Cher Cristobal, ce n’était pas ton projet, tu voulais seulement naviguer vers la route des Indes et réaliser ton rêve. Pour ce Nouveau Monde, ton rêve s’est transformé en cauchemar.
Là où tu es, si tu vois le monde (ce dont je doute), tu peux toujours te dire que c’est dans l’ordre des choses, ainsi va l’Histoire, cela t’évitera de te sentir coupable.
Je t’adresse, cher Cristobal, mes plus affectueuses pensées.

A Paris 2 Mars 1892

Un apprenti philosophe du 18eme siècle,
Ami et admirateur de Diderot

Françoise Vallade

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En Andalousie en 2014

Après une terrible montée dans la Sierra Nevada, sur ne petite route en lacets m’offrant des panoramas de rêve, je passe enfin le col et atteins un replat bordé d’arbres sans doute centenaires.
Je récupère tout doucement et dans la tiédeur de fin de jour, je cherche un coin discret pour bivouaquer quand j’aperçois, au loin, quelques toits qui m’invitent à m’approcher.
Hola ! Qué tal ? De donde vienes ? Tu vas dormir où ?
Quelques hommes, sur la petite place dorée par le soleil couchant, m’accueillent avec des paroles de bienvenue.
Devant ma brève hésitation, ils vont chercher deux ou trois femmes, occupées à la cocina, qui m’entraînent joyeusement à travers les délicieuses odeurs de la maison.
Partage de tapas parfumées et cadeau d’un lit et d’un toit pour y passer la nuit.
Echanges, bonheur, amitié.
Qu’il est difficile de n’être que l’étrangère qui passe !

Même voyage en 1950.

Chère Mémé Pauline,

Je t’écris cette petite carte depuis l’Andalousie où mon Papa m’emmène partout avec lui.
Hier, il a attelé mon petit tricycle rouge, celui que tu m’as offert, avec une corde derrière son vélo et nous avons passé un col dans la Sierra Nevada.
La montée était terrible. Moi, j’admirais le merveilleux paysage alors que Papa me tirait en soufflant et transpirant. Arrivés tout là-haut, nous allions planter la canadienne, quand nous avons aperçu un joli village tout doré de soleil.
Hola ! Qué tal ? ils ont dit, les messieurs.
Des dames m’ont pris par la main pour me faire goûter leurs petites pommes de terre aux œufs. C’était trop bon, presque aussi bon que les tiennes, Mémé.
J’ai bien dormi chez les gens, serrée contre mon Papa, dans un bon lit.
Le lendemain, il m’a dit « C’est dur de n’être que l’étranger qui passe. »
J’ai rien compris.
Bisous, mémé.
A très bientôt.
Ta petite fille qui t’aime.
Pauline MASSON
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