Premières fois


La première fois

Les premières cigarettes sont souvent des menthol, sans doute parce que ce sont les moins chères. J’avais 14 ans, j’étais en colonie de vacances pour un mois dans le Vercors. Dans un groupe de garçons, il y en a toujours qui ont déjà tout essayé pour « faire comme les grands » et qui désirent avant tout susciter l’admiration des plus jeunes par leur audace supposée. Et c’est ainsi qu’un jour de quartier libre, un dimanche matin, notre petit groupe s’est retrouvé dans le seul commerce ouvert du village, un tabac-presse, et que nous avons acheté en nous cotisant un paquet de menthol. Je me souviens de l’odeur âcre de la menthe masquant celle du tabac, puis de la fumée envahissante et suffocante. Le paquet n’était pas joli comme celui des Camel ou des Marlboro. Si tenir une cigarette à la main permettait de poser enfin selon une attitude symbolisant la virilité, cette sensation était bien vite éclipsée par une quinte de toux et une absence totale de plaisir olfactif ou gustatif. Je me souviens surtout de la déception que j’ai ressentie à ce moment-là : comment être un homme après ça ?

Georges Waszkiel

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La première fois …

La première fois que j’ai joué aux osselets dans la cour goudronnée de l’école à Mirande, ces minuscules os en plastique blanc et rouge, qu’il faut coincer entre les doigts.

Les « cabinets » à la turque alignés sur un socle en béton dans la cour nous surveillent, tout près du portique où des cordes à grimper sont accrochées. Accroupis, filles et garçons mélangées, nous lançons les osselets en chantonnant la ritournelle qui accompagnent les figures imposées jusqu’à la chute accidentelle qui fait perdre son tour.

Le préau au fond de la cour nous protège de la pluie ou de la neige, peut-être y rangions nos bicyclettes ? Nous avons tous une bicyclette pour arriver jusqu’à Mirande depuis les confins de Dijon où trônera bientôt la faculté de Sciences. Nous traversons le plateau, maintenant haché par la rocade, courbés sur nos guidons, le vent du nord y est glacial, les fossés et leurs flaques gelées nous offrent des glissades parfaites, comme devant l’école quand nous attendons l’ouverture de la barrière en bois.

Le jour de la gymnastique, nous allons à pied au CREPS voisin et, pour éviter d’abîmer le revêtement, nous enfilons par-dessus nos chaussures, d’énormes chaussons orange en feutre.

Dans la salle de classe, une énorme bibliothèque grillagées nous ouvres ses trésors une fois par mois peut-être. C’est avec une grande impatience que j’attends de prendre un nouveau volume de la collection « Mytes et Légendes de…. ». La sévérité de l’instituteur, enfin remplacée par la gentillesse de sa fille. Des années après j’ai pu lui dire que j’étais malade chaque matin en partant à l’école, tellement je le craignais, comme maman qui m’accompagnait.

Franz

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Fraîcheur, désir, intense

En juillet, à Lucija en Slovénie, partir à 8h pour un premier bain, longer le canal et sa guirlande de barques amarrées, apercevoir la mouette habituelle perchée sur un pylône dans le chenal, retrouver le miroir lisse et bleuté de l’Adriatique, qui se détache à peine du ciel.

Le club des grands-mères est arrivé avant nous, elles en sont déjà à papoter dans l’eau sans complexe, les bras négligemment posées en arc de cercle.

Poser le pied sur la première marche un peu glissante et humide, main refermée sur la rampe d’acier à peine tiédie, aucune hésitation pour descendre dans la tiédeur transparente ; la mer est basse, les cailloux malmènent mes plantes de pied. Pour les éviter, je m’accroupis et ouvre l’eau à plat ventre, bien-être maternel liquide. Goûter la mer et le sel – sur les paquets de sel des salines de Piran, il est écrit « le sel c’est de la mer qui n’a pu retourner dans le ciel » – souffler en ouvrant ma brasse coulée, l’eau file entre mes jambes, oriflamme bienveillant, me retourner pour indéfiniment faire la planche les yeux au ciel qui me regarde et où je plonge. Plus de corps, plus de poids, je suis une cosmonaute en apesanteur, mes oreilles immergées captent des bruits assourdis et déformés.

Pouvoir rester là infiniment, ne plus penser, seulement ressentir l’extase de ma liberté temporaire.

Etre pressée ensuite de s’asseoir à la terrasse du café – pâtisserie pour déguster une šamšnitta, cette montagne de meringue souple et neigeuse, calée entre deux feuilles de pâte feuilletée craquante, que je ne peux comparer à rien d’autre. Une journée de rêve commence.

 Franz

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La première fois… à Royan en solex.

La première fois, que j’ai fugué en solex, j’avais vingt ans et c’était à Royan au mois de juillet. Je n’étais pas seule mais avec mon ami. Il faisait nuit noire et ma place sur le porte bagage était inconfortable. La lumière du solex éclairait le bas côté de la route pour aller vers la conche. Les voitures étaient rares à cette heure là. Le moteur résonnait dans la pénombre et nous nous approchions de la plage centrale où nous retrouvions nos amis. Ce soir, nous avions décidé d’aller manger des gaufres près du Casino pour avoir le rythme de la musique de l’orchestre pour nos slows et nos baisers échangés. Le bruit du ressac, les lumières balayant les côtes, nous immergeaient dans les saveurs salées de la plage. Le sucre glace, lui, nous inondait dans les saveurs sucrées des gaufres dégustées sur le sable. Elle était savoureuse cette première fois de la saison. La première fois que j’ai fugué en solex.

Marie R.

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La première fois que j’ai eu 14 ans, j’avais des cheveux très longs.

Il n’était pas beau, pas même séduisant mais je l’aimais bien mon Rémy !!!

Ma mère disait qu’il avait dû attraper la rougeole très tard tant son visage ressemblait à un morceau de gruyère.

Rémy avait 25 ans. Il était gérant du camping de ses parents, dans le massif central. Le jour de mon anniversaire, il m’a proposé une balade sur sa grosse moto rouge. Il ne m’en a pas fallut davantage pour tomber éperdument amoureuse de lui !!!

Ce soir là, j’avais mis ma plus jolie robe vichy noir et blanc, très style années 60.

Ce soir là, ce fut la première fois qu’un garçon m’embrassa ailleurs que sur la joue.

Ce soir là, ce fut l’unique fois qu’un garçon m’embrassa devant les toilettes d’un camping.

Les vacances terminées, Rémy n’a jamais daigné répondre à mes courriers enflammés de pudibonderie.

Ce fut la première fois que mon coeur se brisa.

Virginie V.

 

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