Rêves et Utopies

Rêves endormis – à bord du Moby Dick Limited

Accoudée la main sous le menton ; rassurée par la familière odeur de cigarette sur mes doigts, bercée par le roulis du train, entre DIJON et LYON, le regard se fixe puis se fige. Le paysage défile, est-ce lui qui se meut ou mon œil qui s’exile ? Un voile peu à peu vole à la clarté sa sagesse et lui donne un air de Van Gogh ; un grain taché de folie douce se substitue au paysage. Les paupières luttent contre l’apesanteur tout en se délectant de la chaleur qui donne aux environs des allures de voyage au cœur de Miyazaki. Le vert chatoyant du ciel lui chatouille les narines, et accoudée la main sur le menton, elle se surprend à rêver à un moyen de transport plus confortable que le dos de cette baleine. Une narine pourrait faire l’affaire, au moins cela lui éviterait de se sécher les os à chaque péage. Elle allait manquer d’air chaud si cette tempête continuait à faire rage. Il lui fallait trouver le moyen d’atteindre, l’une des deux narines de cette ballerine des eaux. Elle pourrait ainsi se recharger en ambre et donner à son corps le repos nécessaire, à décoder ses pensées. Depuis combien de tasses à café n’avait-elle pas songé convenablement à mettre ses idées en ordre et ses pieds sur terre ? Il y avait trois cafetières de cela que les pourfendeurs de femmes nuages lui avaient subtilisé son décodeur de pensée. Depuis, non seulement elle était toute cumu/cuni/cuti/curcubilingus, mais en plus elle n’absorbait plus rien et ne se passait plus à travers. Elle n’était plus que cubitus et humérus, un dressing d’os secs et anguleux qui lui donnait un air de météo malade. Elle devait retrouver le moyen d’absorber eaux de pluies, de mésanges et de mer, sinon elle finirait bientôt en filtre à café ou pire en serpillère de compost. Elle, la dernière de sa lignée, n’arriverait jamais à temps à son rendez-vous avec MME La Table Qui Marche. Le Royaume de la Matière verrait le moindre retard comme une offense et une absence, équivaudrait à une déclaration de guerre.

Tout en éloignant de son cerveau brumeux ce présage de catastrophe, elle pinça la narine de sa baleine corsaire, et lui enjoignit de couper par le centre de la terre.

STOP//FLASH//STOP//MIROIR//FLASH//INSECTE à Serpilliére//COMPOST DE THéIèRE

Elles étaient sur le point de rattraper leur retard. Royaume des Matières nous voilà !

NON//STOP//FLASH Pas l’escadron de CHALON.

SAÔNE, laissez nous passer par ordre de sa Majesté des Évanescents. Laissez nous passer !

SUR SAÔNE – 5 MINUTES D’ARRÊT

Nous rappelons aux personnes accompagnant les voyageurs de ne pas monter dans les voitures.

Cascendre

18/19 novembre 2012


Le Rêve

Le jardin de l’arquebuse, l’odeur des pastelles grasses, le petit vent sur le
visage, les couleurs vives du parterre, les rires des enfants jouant sur la pelouse,
le dessin se prolonge, se précise, et la fontaine s’anime sur le papier, les fleurs
dansent, le vent se lit sur les jets d’eau.
la pastel animé raconte son histoire, je rentre dans mon dessin, je suis une huile
et je vais me rafraichir.

Le grain du papier à dessin me flou la vue, les enfants attirent mon attention,
j’entends le bruit de mes pas sur le gravier, les fleurs me noient de leur parfum
violent, elles s’arrachent du sol, décollent les une après les autres, tel une nuée
de ballon multicolores, et se fixent, toutes sur le même arbre. Les enfants
accourent, intrigués vers cet arbre à ballon.
Je ressens un danger, les tensions de l’air. L’arbre aussi peut-être arraché du sol.
Et les enfants? et moi?
J’hésite à nous mettre à l’abri, ou à faire confiance aux fleurs volatiles.
Je déteste mon inaction, je dois prendre une décision. Au loin, j’observe un
gardien-panterre, il prend une photo de la scène avec une sorte de petit briquet
doré. Ma décision est prise : J’incite les enfants à passer le petit pont, à fuir ce
risque, quitter l’île en vitesse…Nous courrons.
Je me retrouve à nouveaux seule. Comment être sûre d’avoir pris la bonne décision?
J’ai la sensation d’être dépourvu, d’avoir perdu ma faculté de jugement sur mes
actes. Le doute trouve une place dans mes pensées.
Comment ne pas perdre la confiance des enfants?
Je sens le regard lourd de reproche de l’homme-panterre : il sait!

Lëa.

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