Re-Cycles et Mots

Le vélo bleu

Ma grand-mère disait toujours: » Ceux qui ont fait du vélo savent que dans la vie: rien n’est jamais plat! »: ni les pneus, ni les routes, ni les rayons,ni les roues encore moins les rouages de la vie…
Tous sont les symboles de la condition humaine, cette époque de vitesse ou chacun dans sa vélocité a son vélocipad: cet objet un nom masculin d’origine anglaise signifiant être rapide grâce à son ipad quand on doit trouver une définition en mouvement, c’est à dire une définition dans « l’air du temps » qui échappe à la mémoire de l’interlocuteur et qui se demande:
« qu’est ce que cela peut bien signifier ? », alors qu’il est sur son vélo!
Mais la promenade chante toujours le même disque: course le matin, avoir du cran l’après midi et être à cran le soir.
Le monde est un éternel retour, un cycle perpétuel ou les êtres roulent…
Notre imagination commence la nuit où les rêves et l’inconscient expriment leurs désirs, où la magie s’extériorise et s’invente.
La nuit est la part cachée des être comme la vie elle est faite de collines et d’aventures!

Chloë MALBRANCHE

Pignonnise, il en restera toujours quelque chose !

Pignonniser : Ce terme, d’un usage assez rare dans la langue française, évoque forcément les pignons, non pas de pin mais de bicyclette évidemment. Des recherches étymologiques approfondies amènent à penser que le suffixe ‘iser’ est extrait des verbes martyriser ou agoniser (et non pas agonir même si rien n’empêche d’agonir en même temps cette foutue p… de saloperie de bécane de m… qui n’en avance pas).
Quelques mauvaises langues ont même suggéré faire remonter cette contraction à la fin du XIXe siècle quand les femmes furent autorisées à enfourcher leur machine, du verbe ‘féminiser’ donc. Nous n’osons pas confirmer cette hypothèse, même si le texte qui suit ne l’infirme pas, bien au contraire !
Note de l’éditeur

Elle était cuite, vent dans le dos à l’aller, alors forcément pour rentrer c’était galère. La bécane était bien trop lourde, mais mauvaise excuse, le long du canal c’est quand même relativement plutôt absolument plat. En désespoir de cause elle se mit à pignonniser à mort. Cause perdue d’avance, elle n’avait jamais compris à quoi servait la manette de gauche, ni celle de droite. Ça craquait horrible, la chaîne sur le plateau, dans les pignons, tantôt l’engin roulait trop facile, d’un coup elle ne pouvait plus avancer. Et finalement elle en a eu tant marre la chaîne qu’elle a sauté (pas jusque dans le canal quand-même).

Elle était bien avancée maintenant, toute bête avec une machine inutile. Elle a commencé à regarder les libellules, écouter les oiseaux, pour retarder les larmes. Un, deux, trois beaux mecs qui passaient à toute vitesse ; elle ne pouvait pas les encaisser d’habitude mais l’idée est venue…
Alors en minaudant, elle a encombré la piste, elle s’est fait voir et forcément il y eut un galant, pas le plus canon, mais à cheval donné, hein… Il s’est arrêté, l’a consolée, s’est sali les mains ; il a remonté la chaîne, lui a donné des conseils et a même proposé de la raccompagner. Un peu collant, mais ce n’est pas tous les jours que ça arrive !

En rentrant, elle a tout de suite appelé sa copine :  » Tu viens rouler avec moi demain ? Je t’expliquerai ; ça y est j’ai compris à quoi ça sert le vélo  »


Les Crevélos

Crevélo : dans son acception ordinaire, le crevélo, contraction des mots ‘crevé’ et ‘vélo’, nous évoque une vielle bécane rouillée et à plat ‘j’ai un crevélo qui dort à la cave depuis des années’ (Jean Valjean dans ‘les misérables’ tome2)
Le délicieux texte qui suit, détourne spirituellement le concept même de ce terme pour l’appliquer de la machine à son conducteur.
Note de l’éditeur

Je les vois souvent qui se traînent, les ‘crevélos’ je les appelle. Ils ont la tête en l’air, on dirait qu’ils viennent de naître ; ils écoutent les oiseaux, regardent les fleurs.

C’est la nouvelle mode en entreprise, avant les suicides qui font tache, les DRH les encouragent : la devise est claire  » Quand ton moral est bas, quand que le jour paraît sombre, quand que le travail devient monotone, l’espoir n’y est pas, grimpe sur un vélo et roule sans penser à autre chose que le chemin que tu empruntes.  » (Conan Doyle) ; et ça ne coûte pas cher : quelques bécanes en location plus quelques heures de RTT et c’est parti, il est lancé mon crevélo : le gars crevé qu’on met sur un vélo.
Souvent un cadre qui en connaît un rayon, parfois un gars qui est à la chaîne, limite de péter un câble, quelques cocottes des bureaux celles qu’on harcèle ; l’entrepreneur qui casque les charges, le professeur et ses cours bidons, l’employé qui subit la direction, l’artiste qui déraille, l’artisan qui pédale dans le vide.

Seulement, ça va marcher un peu, pour quelque temps, ils vont retourner dans le bataillon à la mine, à l’usine, au bureau, à l’école. Mais quelques-uns y auront pris goût, ils vont s’échapper.
On roulera ensemble et on s’amusera à regarder les crevélos puis on se tirera la bourre et là, dur ! Attention à la surchauffe, c’est pas que des vacances le vélo, faut pas croire, faut tenir le rythme sinon les autres vous rateront pas et vous allez exploser…

Après ça, il ne reste plus que la pêche à la ligne !

P.Buisson

LE ROYAUME DU VELO

Les mots :
Les miens : pédales, rayons, dérailleur, dérailler, selle, pignons, chaîne, sonnette, clou, biclou, plaque d’identité, cambouis, plateau, crevaison, rustine, chambre-à-air, porte-bagages, sacoches, rétro-pédalage, freins, démonte-pneu, braquet, clef à pédale, clef allen, amortisseur, dérapage, chute, gadin, bicyclette de femme, cadre d’homme, guidon, pluie.

D’autres : Le voleur de bicyclette, béquille, la potence, le casque, compteur, file à contre-sens, garde-boue, bécane, boyau, pneu, roues, pince-à-vélo, coulée verte, VTT, vélo de course, sucer la roue, spad, La Bicylette bleue, Jour de fête, souffle, brise, campagne, école.


Les mots-valise

pédayer : pédaler et dérailler
sellchaise : selle aussi confortable qu’une chaise,
dérapisme pour éviter le gadchute : déraper pour éviter le gadin ou la chute
se guidonner sous la pluie : à vous d’imaginer
le bibloucane : hybride de biclou et de bécane
pignonniser à mort : passer d’un pignon à l’autre à toute vitesse
béquiller à vide : rater la béquille provoquant une chute du vélo quand on est pressé
se tordre les rayons : à cause de la grande vitesse
dérailfrein : dérailler à cause d’un freinage abusif
la tinevaison : rustine pour crevaison

Définition d’un mot comme dans le dictionnaire
Pignonniser, verbe intr., 1er groupe. Du Latin pignonus dentus, route dentée à petites dents (espèce non carnivore). Le pignonus dentus a été très tôt utilisé dès l’invention des machines-outils au XIXème siècle ; il a été adapté par l’ingénieur Louison Bobette sur son premier biclou, permettant ainsi à la chaîne d’entraîner les roues puis au pédalier d’entraîner la chaîne qui entraînait les moyeux des roues. Mais, Louison Bobette, téméraire, accola concentriquement les pignons de façon à ce que la chaîne passe de l’un à l’autre, dans un sens ou dans un autre, pour faciliter le pédalage dans les côtes. Les bicyclettes modernes toutes équipées d’un nombre impressionnant de pignons et de dérailleur permettent de pignonniser en toute tranquillité jusqu’à en pédayer.

Franz

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