« Afrique(s) »- printemps des poètes 2017

 « Nous avions tout oublié »

Nous avions tout oublié de notre histoire

Des haines qui l’ont construite il y a si longtemps

Pour des bouts de territoires

Pour des offenses tribales

Pour assouvir la soif de pouvoir de tyrans avides

Et voilà qu’après un temps de paix

Paisible et doux

Soucieux du temps et de l’espace

Solidaires entre nous et curieux des autres

Par le voyage, par le commerce

Et voilà que la guerre revient

Comme un cauchemar maudit

Avec ses massacres, ses cruautés, sa barbarie

Ses tragédies infinies

Contre les colons, les mécréants et les hérétiques

Contre les ethnies différentes qu’il faut mépriser

Pour des diamants, de la drogue et des armes

Des esclaves, des femmes

Nous avions tout oublié pour éviter de nous souvenir

Et nous oublierons tout à nouveau

Et nous pardonnerons

Pour inventer un autre futur

Un monde meilleur

Georges Waszkiel

 

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LA FEMME QUI CRIE DANS LA NUIT

La femme qui crie dans la nuit,

Son fils est parti par instinct de survie

Rejoindre le griot, écouter sa poésie,

Apprendre la respiration des mots

Propédeutique à son aspiration d’absolue

Écrire son avenir comme un poème,

Puiser le courage de sculpter son destin dans une grotte d’anachorète,

Ou sur une stèle, le regard dirigé vers le dieu soleil,

Moine ou chevalier,

La femme, la mère, crie dans la nuit,

Elle sait qu’elle a perdu son fils.

Olivier P

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J’ai peur de la bêtise quand elle est méchante

Quand elle mène à la haine puis à la guerre

Quand elle tue d’abord les femmes et les enfants

Quand elle nourrit le flot des réfugiés aux sandales éclatées

Qui fuient, la peur dans les yeux

Bravant le sable du désert

Son soleil implacable qui peine pourtant à sécher le sang versé

Pour des motifs si dérisoires que l’histoire les a déjà oubliés

Je préfère mon Afrique

Celle des arbres aux racines profondes que le temps n’abîme pas

Celle où l’on chasse noblement un gibier respecté

Celle du soleil qui réchauffe sans dessécher, qui éclaire sans aveugler

Celle des hommes et des femmes qui trouvent et cultivent leur bonheur sur leurs terres

Et qui expriment dans leurs yeux qui brillent

La confiance en soi

L’harmonie du monde

L’ouverture vers d’autres possibles

Georges Waszkiel

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INHUMER

Il y a tant de morts tenants les arbres par les racines

Le cœur entre les dents.

Il y a tant d’arbres coupés oublié

Par le cœur des hommes.

Il y a tant d’hommes coupé d’eux mêmes

Qui ne connaissent pas leur cœur.

Il y a tant de preux intendants du déracinement

Qui ont oublié que le courage s’écrit avec cœur.

Il y a tant de gueux arrogants

Qui se gaussent de la canopée féerique d’une forêt.

Que je ne peux blâmer les arbres de puiser à cette source abondante de cadavres obtus.

Olivier P