Petits meurtres en famille

Dans la famille MERCI, nous avons: le fils, la fille, la mère, le père, la grand-mère maternelle, l’arrière grand-mère maternelle, la tante par alliance (femme du frère de la mère), le cousin (fils de l’oncle et de la tante par allaince), la tante (soeur du père).

La mère
Monique Merci, née RADINE,
Je mesure 1,65m. Je pèse 118Kg.
Je suis bourrée d’arthrose mais encore pleine d’énergie pour ne rien faire.
Je sens venir insidieusement la ménopause : j’ai des bouffées de chaleur, des poils apparaissent sous mon menton et je serai bientôt obligée de me raser la moustache.
Ma fille me conseille d’aller chez l’esthéticienne. Autrement dit, elle voudrait venir avec moi !!! C’est une petite profiteuse !!!! Et puis aller chez l’esthéticienne, c’est de l’argent jeté par les fenêtres !!! Comme pour les colorations de cheveux !! Je préfère me faire un truc moche qui dure 3 jours plutôt que de dépenser une fortune chez le coiffeur !!! C’est moins cher. Et c’est l’essentiel pour moi !!!!

J’aime l’argent. Je l’aime tellement que je le garde. Je ne dépense rien d’autre que le strict nécessaire. Faut prévoir !!!! Un jour, peut-être que je serai grabataire et qui paiera ma maison de retraite !!!!

Je déteste jeter. Alors, je garde tout.

Parfois, souvent même, je me fais plaisir en achetant des serviettes de bain, des assiettes, des produits d’entretien en promo, des trucs inutiles parce que ça peut toujours servir. Alors, pour l’instant je m’en sers pas. J’entasse tout dans des cartons au fond du garage. On ne sait jamais !!! En cas de crise ou de victoire de la gauche qu’il disait le Renaud !!

Ce que je préfère dans la vie, c’est coudre, recoudre et rapiécer. Les bas. Les vêtements. Les torchons. Tout !!!! Avec deux j’en refait un. C’est économique !! J’en ai des tout neufs mais tant qu’il y en a des vieux, faut les user !!

Sinon, j’aime lire dans le noir. Ça m’apaise.


La magie de Noël, Chez Noémie (ma mère)

Noël… les cadeaux à offrir. 1€ chacun. Mais c’est qu’ils sont nombreux sans parler des pièces rapportées !!!!! Pour eux c’est cinquante centimes mais quand même !!!
Ah non !!! C’est encore trop !!! Parce que 1 + 1+ 1+ 1 + 1 + 0,5… ben ça fait plein !!!! En franc, ça faisait moins !!
Et les effusions, les merci Monique hardi petit qu’ils me disent tous avec leurs grands sourires et leurs yeux emplis de larmes !!!! Je vois là toute leur gratitude de ne pas leur avoir offert d’ipode et autres trucs électroniques modernes qui coûtent cher et dénaturent les relations humaines…

Ah je me sens toute engoncée dans ma robe de fiançailles ! C’est que j’ai pris un peu d’embonpoint avec la ménopause ! Pis racheter une robe ça coûte cher !! Et pour la mettre une fois l’an ça ne vaut pas le coup.
Y’a bien celle que Paul m’a offerte pour ma 2ème grossesse mais je trouve que les grosses fleurs jaunes et rouges ne s’accordent plus tellement avec la couleur improbable de mes cheveux.

Noël chez ma mère… Moi qui lui dit tous les 3 jours que je peux pas venir la voir à Châlon parce que l’essence est trop chère. Mais c’est vrai que c’est cher l’essence !!!!
Ma mère, c’est ma seule amie. Mais j’aime pas ma mère. Elle est radine !! Comme ma grand-mère. C’est de famille. Moi, j’ai échappé à ça. Je suis tout le contraire : altruiste et généreuse !!! Tiens. L’autre fois je faisais mes courses à Leader Price. Les restos du cœur faisaient la quête pour la campagne d’hiver. Ben j’ai offert généreusement 3 cacahuètes et des pruneaux. Parce que ces gens là, ils mangent tellement de cochonneries qu’ils doivent éliminer. Et oui. Je pense à leur santé moi. Surtout qu’ils ont tous la CMU. A l’arrivée, si on prend pas soin de leur santé, ben c’est nous qu’allons payer !!!! Pis ces petits plaisirs, ça va peut-être leur donner envie de pouvoir en profiter quand ils veulent. Ca va peut-être les motiver pour aller bosser au lieu d’attendre le RSA tous les mois. Parce que ça aussi c’est nous qu’on le paye !!!
D’habitude, c’est Paul qui fait les courses. Mais heureusement que c’est moi qui y suis allée. Il aurait donné le magasin entier lui !!! Mais si tu leur en donnes trop à ces gens là, ils n’apprécient plus et le pire, c’est qu’ils en redemandent !!
Pis à chaque fois, le Paul, il oublie de me récupérer des sacs plastique pour mettre dans la poubelle !!! Lui dit qu’ils tiennent pas dans la poubelle, que du coup, on en met partout et qu’en plus, ils ne sont pas solides,. Mais je leurs demande pas d’être solides !!! Gratuits c’est bien suffisant !!!! Alors je suis obligée d’y retourner. Ah ces hommes….

Ma mère, elle a jamais fait que bosser toute sa vie. Elle a jamais fait que de me reprocher d’avoir jamais bossé. De quoi je me mêle ??!!! J’avais pas besoin de bosser !! Avec un mari fonctionnaire et les allocations familiales. Je sais gérer mon argent moi !! Enfin, celui de Paul. Et puis, mon travail c’est de m’occuper de Fanny et Tarsul. Enfin, c’est plus Paul qui s’en occupe. Mais je le soutiens beaucoup !!

Et ma mère. Elle fait de l’œil à Paul !!! Je l’ai vue tout à l’heure en sortant des toilettes.
Pas que ça me dérangerait qu’il se change les idées. Mais quand même !!! C’est ma mère !!!!

Ce que j’aime à Noël, c’est boire et manger.
Mais si je pouvais éviter de voir leurs têtes !!!!
Ah ouais !!!! Un p’tit gueuleton en tête à tête avec ma télé !!! C’est décidé. L’année prochaine, je simule une gastro. Ça va les calmer !! En même temps, ça fait un repas pas cher.
En attendant, on passe à table. Il était temps !!!!

Soudain, le père Noël est apparu par la cheminée, dans un nuage de poussière et un fracas indescriptible !!
Ma mère a vite reconnu son mari Jean Balthazar. Mon père !!! Celui que je n’avais pas vu depuis 52 ans !!!! En fait, celui que je n’ai pas connu. Ma mère m’a toujours dit qu’il avait eu peur de moi en me voyant sortir de son ventre et que c’est pour cette raison qu’il avait pris la fuite. J’ai jamais compris….
Après lui, y’a eu Pierre, Paul, Jacques et bien d’autres encore !!! Et oui… J’ai pas eu un père. J’en ai eu plein et qui m’offraient plein de cadeaux !!!! C’était le bon vieux temps ça… J’avais une réputation de petite fille gâtée. Mais j’ai jamais compris non plus…

Revenons à mon père.
Quand ma mère l’a reconnu, elle s’est jetée sur lui pour planter le couteau à huître dans son ventre. Encore ça dont je pourrai pas hériter !!!! Après, elle lui tapé dessus avec le chapon. Quel gâchis !!!!! Et elle a fini par lui crever les yeux avec le tire bouchon. Du coup, on n’a même pas eu de champagne !!!!! Sans parler qu’on a pas eu le temps de mettre le petit Jésus dans la crèche !!! Et joyeux Noël !!!!!

Suite à tout ça, ma mère a décompensé. Elle est encore dans une maison de retraite médicalisée qui me coûte un œil tous les mois. Et l’eau de Cologne n’est même pas comprise dans le forfait !!!
L’autre œil, je l’ai je l’ai donné pour financer les obsèques de mon père ou du moins, de ce qu’il en restait.
Paul m’a abandonnée pour aller vivre à Val Suzon avec Gisèle.
Et moi, le désespoir se mêlant à la ménopause, j’ai pris 30Kg en 2 semaines. Je reste seule avec mes ados, mes serviettes de bain, mes torchons rapiécés, mes assiettes, mes produits d’entretien en promo et mes trucs inutiles qui me serviront plus jamais. A moins que je ne les revende !!

La famille Merci, retrouvée asphixiée le soir de Noël à Châlon Sur Saône.

De l’arrière grand-mère aux petits enfants en passant par les conjoints, toute la famille Merci a péri dans les flammes de ce terrible incendie du 25/12.

D’après l’enquête, une dinde restée trop longtemps dans le four serait à l’originie du sinistre. En effet, pour le repas de famille, la grand-mère aurait fermé portes et volets pour garder la chaleur. Alertée par les fumées, elle ne se serait pas souvenue que les clés étaient dans sa poche.

Les pompiers ont réussi à circonscrire les flammes mais pas à sauver la famille.

Les obsèques seront célébrées en l’église de Comblanchien le 01/01 à 9h.
Nul ne pouvant faire part de la volonté des défunts, un caveau familial sera creusé pour l’occasion. La vente aux enchères des restes de la maison de Gisèle Merci permettra de financer le monument.

Virginie V.

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Le père

Je m’appelle Paul, Paul MERCI, je suis né le 02/01/1963 à ROMANÈCHE THORENS en Saône et Loire. Je suis professeur de sport dans un lycée. Je suis marié à Monique, gentille, quelconque et radine. J’ai deux enfants, un garçon Tarsul né en 1990, étudiant qui cherche sa voie, adolescent gringalet et une fille Fanny, lycéenne, rebelle en conflit permanent.
A 50 ans, je suis bien conservé. Il faut dire que, en tant que professeur de sport, je m’attache à garder une forme physique aussi satisfaisante que possible. Je fais attention à mon alimentation et je dois avouer que je suis assez fier du résultat. Un très, très léger embonpoint naissant a tendance à s’installer. C’est sans doute l’âge qui en est la cause. Je ne suis pas un séducteur mais, un regard qui s’attarde me flatte et m’incite à me redresser, à bomber le torse. Cette attitude fait sourire mon entourage et me vaut quelques quolibets et gentilles moqueries. Mon nez, un peu long, aux dires de certains m’attire quelques sobriquets pas toujours agréables. Ce sont des jaloux.

Noël

Cette année, comme tous les ans, pour Noël, nous nous retrouvons, toute la famille chez ma belle-mère Noémie. Elle est retraitée, seule depuis que le père de ma femme s’est sauvé sans donner de nouvelles. Il paraît qu’il est parti acheter des allumettes. Le bureau de tabac devait être loin de sa maison puisqu’il n’a jamais retrouvé le chemin du retour.
Nous voilà arrivés devant chez Noémie. Comme chaque année, nous allons nous retrouver, toujours les mêmes. Ma femme dans LA robe de Noël. Tous les ans la même robe. Par souci d’économies, elle s’est acheté une robe qu’elle ne porte que pour cette occasion. Les enfants vont encore provoquer leur arrière grand-mère Gisèle qui a un caractère bien trempé mais qui perd un peu la grande aiguille. Elle s’oublie sous elle de temps à autres. Je me demande même si parfois, elle ne le fait pas exprès, juste pour mettre mal à l’aise ceux qui l’entourent. Et puis leur cousin Charles. Il est plus jeune qu’eux mais, assez déluré et surtout, toujours en compagnie de ses animaux favoris. Avec sa chevelure rousse, hirsute, il fait l’admiration de sa mère Pénélope, la névrosée de la roulette. Non, elle ne travaille pas dans un casino. Elle est dentiste. Ça fait beaucoup moins rêver. Elle est tellement insignifiante, pas vraiment moche mais surtout pas jolie. Pas très intéressante, elle n’a aucune conversation qui ne soit axée sur ses patients et son fils. Et enfin, nous aurons la chance de voir et d’écouter la plus égocentrique des personnes que je connaisse. Jacqueline ma sœur jumelle. Comment peut-on être jumeaux et si différents. Elle s’aime. Oui, elle s’aime tant qu’elle ne voit rien autour d’elle et puis, elle va encore venir habillée en marron. De la tête aux pieds vêtue de marron. Avec tout ce marron, elle peut se prendre pour une dinde. Son emploi de secrétaire de mairie, dans sa commune de naissance ne l’a pas fait beaucoup voyager. Cette année, elle nous présentera peut être un petit fiancé… Pourvu que Charles, cet affreux garnement, n’amène pas un de ses serpents. Je déteste ça et je ne tiens pas à me trouver mal devant tout le monde. J’aurais l’air ridicule. Bien, et maintenant, l’épreuve des cadeaux. Entre Monique et sa mère, il s’engage, chaque année un concours de pingrerie. C’est à celle qui aura dépensé le moins. Gisèle, quant à elle, va nous faire le coup des enveloppes vides ou peut-être l’oubli sur sa table. Le tout avec un petit sourire goguenard.
Voici enfin l’instant tant attendu, le repas. Belle maman a bien des défauts mais, en matière de cuisine, elle se surpasse toujours. Cette année, elle nous a prévenus que ce serait un repas préparé d’avance et surtout, pour sortir des sentiers battus, des plats originaux. Et pourquoi pas.
On passe à table et là, tout s’emballe. Charles, mon neveu a apporté sa poule et sa souri qu’il me met sous le nez, juste pour me contrarier. Ma chère sœur, n’hésite pas à me jeter au visage, d’un ton grinçant « oh ! On voit bien que tu as 50 ans. Tu t’empâte ». Je ne rétorque rien mais, cette réflexion me blesse profondément d’autant que, étant ma jumelle, elle a aussi 50 ans. Mes enfants en profitent pour se moquer de moi en me traitant de vieux. Par dessus tout, Monique, avec sa drille sur le dos m’accuse de jeter l’argent par les fenêtres. C’est moi qui rapporte l’argent du ménage. Si elle allait bosser un peu au lieu de traîner toute la journée à la maison. Grand-mère Gisèle, avec sa voix nasillarde et grinçante lance à la cantonade « mon cher Paul, avec votre grand nez, vous me chatouillez les oreilles chaque fois que vous m’embrassez ». Pénélope sur enchérit en ne manquant pas de me dire qu’avec les chicots que j’ai, je ferais bien d’aller chez un dentiste. Bon, j’ai les dents de devant un peu écartées. Ce sont les dents du bonheur. Je n’y peu rien. Je me souviendrai longtemps de ce Noël et surtout de cette avalanche d’agressions et de méchancetés. Je bous intérieurement mais, j’essaie de garder mon calme. D’ordinaire, je suis plutôt maître de mes actes et de mes émotions mais, je n’en peu plus d’entendre toutes ces phrases.
Enfin, la troupe s’ébroue pour passer à table. Chacun prend place et voici Noémie portant de grands plateaux recouverts de grands tissus blancs afin de masquer ce qu’ils contiennent et ainsi de ménager l’effet de surprise.
Effet garanti. La surprise est de taille. Au lever de tissus, je découvre avec stupeur que le repas est composé de sushis. Des sushis pour un repas de Noël. Moi qui attendais ce repas avec délectation, et qui cherchais un certain réconfort moral, quelle déception. Je déteste le poisson cru. Cette fois, c’en est trop. Si je reste là, je vais exploser et je vais gâcher la fête. Je préfère partir. M’enfuir de cet endroit maudit. Monique tente de me retenir en m’expliquant que ce genre de repas est économique. La colère monte d’un cran lorsqu’elle tente de me barrer le passage. Je vois rouge et dans un geste inconsidéré, je la pousse violemment. Elle perd l’équilibre et, son poids aidant, elle bascule et se fracasse le crâne sur le bord de la table basse. Glacé d’effroi, interloqué, abasourdi par tant d’agressivité, le souffle court, je fuis. Je sors de la maison et, quelques minutes après, je me retrouve dans la cour. Pourquoi suis-je là, dehors, en chemise bien qu’il neige ? Mais, que s’est-il passé ?
Nous étions à table et… je me souviens…
Toute l’horreur de cette journée me revient par bribes ; les mots, les phrases, la colère, le repas et…
Je voulais sortir mais je ne pouvais pas alors j’ai poussé Monique. Elle est tombée, sa tête a heurté le bord de la table…
Pascalle RIGNEAU

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L’arrière Grand-mère
96 ans, cœur vaillant !
Moi ? Je suis Gisèle Bouton, née Bournadieux en 1917 à Val-Suzon (Côte d’Or) ; je suis fille d’agriculteur ; je n’ai eu qu’une fille, mais je suis maintenant arrière-grand-mère et j’en suis fière.
Je tiens encore debout mais je ne cours plus. J’ai toute ma tête, même si parfois j’ai des absences en rêverie m’a-t-on dit, des vraies ou des simulées. Ils me soûlent à vouloir me faire raconter : « et l’école autrefois ? » (J’étais bonne, première des filles du canton au certif’. Les petits tremblent quand je regarde leurs cahiers) ; « et la guerre ? », « Et l’exode ? », « Et les Allemands ? », « Et les bals à la campagne ? », « Et le pépé Bouton ? », « Et le Suzon autrefois ? »
N’empêche que j’ai un avis sur tout et je ne peux pas m’empêcher de le donner « de mon temps » , « pendant la guerre » ; à chaque fois ça leur coûte la chique.
Dieu merci, je suis propre. Ça m’est arrivé de me lâcher, mais parce que je voulais rentrer à la maison. Pas question de rater ‘Plus belle la vie !’
Je pique un peu, beaucoup, des joues et de la moustache ; normal, je vais pas aller chez l’esthéticienne.
J’étais ronde et rouge, je sens bien que je maigris, pas bon signe ça, mais j’arriverai bien à mon siècle. Ils font des paris à chaque anniversaire comme si c’était acquis.
J’ai une petite retraite bien coquette, le père Bouton, il travaillait bien : les petits-enfants et les arrières qui sont encore pires, ils le savent bien, alors je les fais bisquer des fois c’est 50 € quand ils ne s’y attendent pas, ou alors juste un euro « C’est bien suffisant parce que c’est quand même 650 F d’autrefois », ils ne trouvent rien à répondre ; mais je note pour qu’ils aient tous la même chose.
Bon, fichez moi la paix, je retourne bouquiner c’est encore ce que je préfère.

Repas de Noël

C’est Paul, le mari de Monique ma petite-fille, qui viendra me chercher ; ça j’aime bien, accompagnée par un bel homme les occasions sont rares. Il est causant, il se sent à l’aise sans sa femme si pesante au sens propre (il croit qu’elle a dépassé les 100 kilos et qu’elle n’a pas osé lui dire) et au sens figuré et sans ses deux ados casse-pieds jamais contents. Il me raconte toutes les petites misères qu’ils lui font.
Il y a de la route, c’est un peu long et avec le chauffage je vais piquer du nez avant d’arriver à Chalon.
J’ai sorti les bijoux : Noémie, ma fille, les attend légitimement dira-t-elle ; Monique, toujours près de ses sous, parce qu’elle croit qu’ils ont de la valeur ; et même la petite Fanny, elle les trouve « trop cool rétro ! »
J’ai préparé toutes les petites enveloppes, enfin, pas si petites. Comme tous les ans je vais leur faire croire que je les ai oubliées.
Cette année chez Noémie, le repas sera bien organisé, il y aura ce qu’il faut mais pas plus. Pour les bouteilles pas de problème, dans la région c’est du bon ; je n’y ai plus droit mais un peu quand même, ça m’aidera à faire la sieste.
Et il y aura les pièces rapportées, ça met un peu de variétés mais avec la dentiste falote, la miss Romanèche et le petit rouquin qui doit encore venir avec un rat ou un lézard, je vais trouver le temps long.
Allez, encore un bon déjeuner, c’est toujours à prendre ; je vais dire « C’est peut-être le dernier Noël », ils vont dire en chœur « Mais non ! », il n’y aura que Fanny pour avoir une petite larme. J’ai l’impression d’avoir déjà vécu tout ça.

On a quand même bien mangé. Paul a un peu trop bu ; Monique reprend encore de la dinde. Je n’ai pas rêvé, il a gueulé « Grosse vache ! » ; il lui avait déjà dit d’arrêter de manger, elle continue et le nargue avec le pilon à la main. Fanny a crié : « Traite pas ma mère ! » ; Noémie est navrée de voir son déjeunert gâché.
Paul se lâche, tout ce qu’il m’a dit à mots couverts dans la voiture repart en éructations, on le comprend mal. Fanny pleure. Monique est narquoise, la bouche pleine de graisse. Les pièces rapportées sont atterrées et font mine de se lever. Elle donneraient tout pour être ailleurs. Même le petit Tarsul, ce roquet paraît révolté de ce qu’il entend de son père si pondéré d’habitude. Il veut faire l’homme lui aussi, s’interposer, faire respecter sa mère. Il brandit son espèce de couteau pliant dont il ne se sépare jamais, comme si cela pouvait impressionner son père !
Paul devient furieux, on n’aurait pas cru. Il repousse violemment le gamin « Comment, tu menacerais ton père ? » Le petit ne fait pas le poids, il part en arrière, se prend les pieds dans la chaise et en tombant il laisse échapper son couteau qui voltige vers son cousin médusé puis qui se plante pile dans la grosse souris qu’il avait sur l’épaule. La souris couine et tombe raide, morte, assassinée.
J’éclate de rire et je me laisse aller sous moi. Trop d’émotion !
Il y a un grand silence. Paul est anéanti soudainement quand il réalise la situation, jusqu’où il s’est laissé aller, et le drame auquel on a échappé. Monique sanglote sur sa chaise. Je me reprends la première et je leur donne l’ordre : « Paul et Monique vous sortez dans le jardin et vous reviendrez quand vous serez calmés. » Et ça marche ! Il sortent en se tenant par la main comme des gamins en disant « Mais c’est pas moi qui a commencé ! »

Je crois que ça va s’arranger parce que j’aime bien les contes de Noël !!!
Pierre Buisson

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la tante par alliance (femme du frère de la mère)

Moi c’est Pénélope Merci, née Colt. Je suis passée d’une arme à feu à la politesse et je dois dire que cela me correspond bien mieux. Je n’ai jamais été une de ces enfants hystériques, encore moins une ado rebelle et je ne suis pas devenue une femme aux yeux revolvers. J’ai grandi avec les chansons douces et les balades larmoyantes. D’un physique assez discret, personne ne remarquait vraiment ma présence. Aujourd’hui, à 33 ans, c’est toujours un peu la même chose : j’étais et je reste petite, atteignant laborieusement un petit mètre soixante et mon mari m’interdisant le port des talons, cela n’arrange rien. Seul élément incontournable de mon physique : je suis rousse, ce qui me vaut de nombreux coups d’œil. Maigrelette et sans forme, je me blottis dans un style vestimentaire très classique. Mais assez de plaintes, parlons des choses un peu plus plaisantes : ce que j’aime le plus chez moi c’est ma ténacité. Je n’abandonne jamais lorsque j’ai une idée en tête. J’aime aller au fond des choses et c’est pourquoi je me plais à aller explorer les bouches de mes patients. Devenir dentiste, une de mes fiertés avec mon fils. Au fond je suis une personne banale comme une autre. Au fait, je vous ai dit que je dors avec une charlotte sur la tête ?

Récit d’un noël,chez la grand-mère, Noémie

Et nous voilà arrivés devant la porte à Chalon ! Je ne suis jamais très sereine lorsque je dois voir la famille Merci. J’aime son nom mais pas vraiment les membres qui la composent. Ils ne sont pas méchants à proprement parler mais ils sont assez étranges quand même. Me voilà dans le salon, tout le monde est à peu près là, même l’arrière-grand-mère. Dieu sait comment elle arrive encore à tenir debout ! Elle me fait peur alors j’ai tendance à l’éviter. Vous vous rendez compte quand même que cela fait dix ans que je suis mariée à Marc et que la moitié des personnes ne connaît toujours pas mon prénom ?
Je me demande bien ce que mon pauvre fils va pouvoir faire aujourd’hui. Il n’est pas très gâté avec une cousine qui ne s’intéresse à rien et qui aboie comme un pitbull et un cousin à moitié punk avec un prénom à dormir debout qui s’amuse à longueur de temps avec son couteau. Je l’ai quand même bien élevé mon petit Charles. Bien sûr je ne vais pas dire tout cela à voix haute. Je vais attendre que cela se passe, assise dans un coin. La journée va être longue. Et voilà la girafe avec toute sa panoplie de marron ! Quelle idée de se rajouter des échasses aux pieds quand on est déjà gigantesque ? Vous voyez, cette famille fait ressortir le pire en moi. Moi qui d’habitude ne pense pas de mal d’une mouche. Faites qu’il se passe quelque chose… C’est enfin l’heure de s’asseoir. Au moins je vais pouvoir contenter mon maigre appétit.

Mon Dieu, quelque chose arrive ! Monique a basculé de sa chaise. Pas étonnant vu son poids. Reprends-toi Pénélope, on ne se réjouit pas du malheur des autres. Mais la journée ne sera peut-être pas si soporifique que je le pensais.

Tout le monde se lève en trombe. Le brouhaha de la famille Merci éclate comme un coup de tonnerre. On se presse autour de Monique. La pauvre respire encore. Tout va bien, elle a seulement eu un coup de chaud, ah les joies de la ménopause ! Quelques uns l’aident à se relever et l’entraînent dans une des chambres pour qu’elle reprenne ses esprits. Il ne reste plus grand monde autour de la table. Moi qui pensais me délecter de foie gras et de champagne, c’est raté. Je sors de table et me dirige vers la cuisine pour voir où en est la cuisson de la dinde. Personne dans la pièce, parfait ! Je vais pouvoir goûter la sauce. Je commence à couper le pain pour me faire ce que ma grand-mère appelait des « mouillettes » et là je ne sais pas ce qu’il me prend : je me mets à jouer à la majorette avec le couteau à pain. Ça me rappelle ma jeunesse, mes maigres moments de gloire. Bon j’étais bien camouflée entre deux bimbos mais quand même. J’enchaîne les pirouettes en tout genre. Le moment qui suit arrive comme au ralenti : je ne sais pas comment mais le couteau m’échappe des mains et se plante dans le torse de Paul qui arrivait en trottinant tel le prof de sport qu’il est. Il hurle de douleur et s’effondre. Ils sont tous occupés ailleurs et la maison est grande, ont-ils entendu ? Je reste figée alors que le sang forme une mare de plus en plus grande sur le carrelage blanc…
Mathilde M.

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La soeur du père
Je m’appelle Jacqueline, Jacqueline MERCI pour être précise. J’aime la précision, enfin, jusqu’à un certain point car je refuse de me souvenir de ma date d’anniversaire. Et j’arriverais certainement à l’oublier si je n’avais pas un frère jumeau, Paul.
Mais oublions cela, je ne suis pas définie par mon âge. En fait, je suis plutôt jeune de caractère, dynamique, terriblement intelligente et entreprenante… sauf lorsqu’il s’agit des hommes, car je sens bien que je leur fais peur. Vous avez compris, n’est-ce pas ? Je suis célibataire. Je suis pourtant une belle femme d’1m75, élancée, classe, cheveux marron, yeux marron, bottes marron elles aussi. J’aime que mes accessoires soient en harmonie avec mon physique. Ah, et puis flûte, c’est vrai, j’aime la couleur marron pour tout. C’est une couleur chaleureuse qui me va parfaitement au teint. Alors, j’avoue, mon manteau aussi, il est marron.
Je rêvais d’une vie trépidante à la Capitale, de sorties nocturnes fréquentes au théâtre, au cinéma, en boîte de nuit, avec mes amis de la haute société. Mais pour cela aussi, j’ai été « marron » comme on dit. Je suis secrétaire de mairie à Romanèche Thorins, là où je suis née.
Et je m’ennuie. Je m’ennuie à regarder les habitants de cette ville qui racontent toujours les mêmes histoires et égarent toujours les mêmes papiers administratifs. Je m’ennuie à regarder passer les chats errants dans la rue les jours de pluie. Je m’ennuie dans ce silence de petite ville de campagne. Et ça m’ennuie que personne ne remarque que mes bottes marron sont des Gucci ! Je rêve d’être entourée de gens qui ont du goût, car si je continue à vivre ici, je vais le perdre le goût. Le goût à la vie.

Noël à Chalon, chez la Grand-Mère. Déjeuner du 25 décembre

Un dernier coup d’œil dans le rétroviseur intérieur, je passe un doigt sur chacun de mes sourcils. Je me souris. Voilà, parfaite. Allez, je me dépêche de redémarrer, je ne suis plus qu’à un pâté de maisons. Ce n’est pas parce que je vais déjeuner avec des gens simples, que je dois y aller ébouriffée et blafarde. Non, j’assume, je suis moi : élégante, apprêtée, et même si personne ne le remarque, les photos graveront ce moment et il est hors de question que j’ai la tête de Cruella.
J’arrive dans la cour. Rien n’a changé depuis l’année dernière. Oui, déjà l’année dernière j’étais invitée ici pour le repas de Noël ; ici, dans la belle famille de mon frère Paul. Quand j’y pense, ça me fait sourire… jaune ! Ça change de ma couleur fétiche, le marron.
Je refuse de penser que je n’ai pas le choix, non, évidemment pas. Je viens ici pour faire plaisir à mon petit frère. Il n’aime pas quand je lui rappelle qu’il est né treize minutes après moi, mon petit frère. J’avoue que j’aime ce statut de grande sœur, j’aime pouvoir imposer certains de mes points de vue.
Ah tiens d’ailleurs, je le vois qui arrive pour m’accueillir mon petit Paul. Aucun risque que sa pachyderme ne lui emboîte le pas, elle ne va pas pouvoir décoller ses 118 kg de son fauteuil. J’avais envisagé de lui offrir un treuil pour Noël à Monique, mais je n’ai pas voulu dépenser trop d’argent, alors elle se contentera d’un nécessaire de toilette.
Aaah, j’en jubile d’avance de les voir tous me regarder de travers lorsque je vais franchir le pas de la porte. Je parie qu’ils sont déjà tous à table, à maudire mon retard. Et bien je suis vraiment désolée Messieurs Dames, mais une femme comme moi, elle se fait désirer et elle fait une entrée fracassante. Non pas en donnant un coup de pied dans la porte avec ma botte droite Gucci, non, je ne veux pas l’abîmer ; mais en riant haut et fort, bras dessus bras dessous avec mon petit frère.

Nous voilà à table. Nappe blanche et dentelle, vieillot à souhait. Je soupire.
Je rêve de passer Noël dans un loft parisien, moderne, angulaire, dont les murs sont recouverts d’œuvres contemporaines. Ah la Capitale, le chic des peoples qui ne mangent pas mais picorent, du bout des doigts, et de préférence mâchent en fermant la bouche. Pas comme ma belle-sœur qui fait un bruit de camionneur en broyant ses aliments. Et allez, en parlant de Monique, elle a encore avalé de travers. Il faut dire qu’elle n’a jamais su mâcher les olives. Elle va mal finir si elle continue comme ça. Que voulez-vous, elle ne mange pas, elle se remplit.
Mais elle fait quoi, là, Monique ? Elle va réussir à l’avaler son olive ? Non ? Mais non, elle ne va pas y arriver ! Mais c’est pas vrai ! Où est Paul ? Ah, le voilà. Vas-y mon Grand, donne-lui une bonne tape dans le dos. C’est pas vrai, elle change de couleur. Dieu qu’elle est laide… Allez bon sang, Paul, qu’on en finisse, qu’elle boive un peu d’eau et… quel silence soudain. Elle semble médusée, prise pas surprise. Elle ne s’y attendait pas à la visite de la faucheuse. On est tous là, figés, et dans un moment d’hésitation, on se demande si tout cela est bien réel.
Mes sens sont figés eux aussi. Tous mes sens, sauf mon ouïe qui perçoit un discret cliquetis dans la cuisine. Intriguée, je ne peux m’empêcher de me diriger, au ralenti, en direction du bruit qui a attiré mon attention. Personne ne remarque mon absence. Ils commencent à s’agiter de l’autre côté, ils paniquent. Moi, je suis attirée comme un aimant par ce petit bruit. Tiens, Gisèle est là. En regardant l’arrière grand-mère, je me dis qu’elle présente encore bien pour son grand âge. Je vais la mettre au courant car elle n’entend sûrement rien, elle n’a pas dû réaliser le drame qui s’est joué pour sa petite fille dans la pièce voisine. Mais attends… Que fait-elle ? Elle met des olives dans un sachet qu’elle glisse dans sa poche. Elle tapote le sachet à travers le tissu. Elle sourit. Elle n’a pas l’air heureuse, non, je ne dirais pas ça. Elle a l’air satisfaite, c’est ça, satisfaite. Comme une sorcière. Un frisson me parcourt, j’ai froid dans le dos. C’est impossible. Impossible !!

Alexandra

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Dans la famille TRIMEUR, nous avons:le fils, la fille, la mère, le père, la grand-mère maternelle,le grand-père maternnel, l’arrière grand-mère maternelle, l’oncle maternel, la tante par alliance (femme du frère de la mère), le cousin (fils de l’oncle et de la tante par allaince), la tante (soeur du père).


Le fils

Il s’appelle Mortimer, Mort pour les intimes. Il est grand, maigre, très maigre, genre dégingandé. Toujours vêtu de vêtements trop larges dans lesquels il flotte, il se soucie fort peu de son apparence physique et son hygiène corporelle laisse à désirer. Ses cheveux roux hirsutes voient rarement un peigne. Détestant toute contrainte, il hait l’école et celle-ci le lui rend bien puisqu’à dix-sept ans il triple sa troisième. En révolte contre les adultes en général, les profs et ses parents en particuliers qui ont l’outrecuidance d’exiger de lui des devoirs rédigés ou des dents lavées, il vomit la société dans laquelle il vit pourtant fort douillettement. Rebelle, incompris, il se réfugie dans sa chambre où il écoute du heavy metal en boucle tout en jouant sur son ordinateur à des jeux de rôle qui occupe tout son temps. Il a peu d’amis réels mais d’innombrables virtuels avec lesquels il partage sa détestation du monde grâce au blog qu’il a créé « se laver tue ». Il est constamment à cours d’argent et serait prêt à tout pour s’en procurer sauf à travailler.

L’enterrement de l’arrière-grand-mère

Salut les Boloss
J’ai pas pu poster sur mon blog depuis quelques jours car il m’est arrivé des trucs de ouf. J’vous raconte. Mardi dernier, j’ai du partir avec ma reum dans le bled de mon arrière grand-mère morte d’une crise cardiaque dans son poulailler. J’la calculais pas trop la mémé vue qu’elle était sourde comme un pot et s’intéressait qu’à ses poules. J’aurais préféré finir ma partie avec Diaboliko et Kiki le sanguinaire mais y a pas eu moyen. Je me suis donc retrouvé dans le bled avec toute la famille et je kiffais moyen. Mon imbécile de sœur pleurait comme un veau. Ma tante la bombasse regardait de haut mon oncle Horace et sa vielle casquette à carreaux. Même mon daron avait fait le voyage mais tous les Dromard lui tirait la tronche vue qu’il fait plus partie de la famille. Mon gran-père voulait pas que j’aille à la cérémonie avec mon baggy, il voulait que je mette un de ses pantalons d’uniforme du temps qu’il était keuf, mdr ! Ma grand-mère voulait que je prenne une douche mais rassurez- vous les poteaux j’ai pas cédé et j’ai beuglé « se laver tue » si fort que pour pas ameuter les voisins ils m’ont laissé peinards. J’vous passe les détails de l’enterrement, c’est circulez, y’a rien à voir.
Après, on est tous revenus dans la maison de famille, il était temps, j’avais la dalle. Pendant que je me bafrais, la tension est montée à propos de l’héritage mais j’ ai pas tout capté parce que j’avais mis mes écouteurs. Comme j’en avais marre je suis sorti dans le jardin et là j’ai rencontré l’oncle Horace total vénère. Il beuglait qu’il avait trouvé une lettre dans l’armoire de mémé. Paraît que quelqu’un de la famille menaçait de la trucider si elle lui donnait pas de la thune. Il a dit qu’on allait voir ce qu’on allait voir, qu’il allait tout révéler et tant pis pour le scandale. Il est parti en gesticulant comme un fou en direction de la maison et n’a pas vu l’énorme jardinière de fleurs qui tombait du deuxième étage et lui a écrasé la tête.
Ils ont tous été sidérés, désolés. Ils ont dit que l’accident était du au vent. Je sais pas s’ils le pensaient vraiment où si çà les arrangeaient de le penser. Mais moi, je sais que c’était pas le vent. J’ai vu le bras qui poussait le vase, et ce bras je sais à qui il appartient.
M.E. T.

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le cousin

Raphaël,
Il est poil de carotte
En dernière année de maternelle (non scolarisé avant)
Il ne tient pas en place : court à droite, à gauche, saute, se cache, change souvent de jeux, aime rendre service mais va souvent trop vite et se trompe ; a bon appétit 
Il aime vivre dehors, la maison, c’est la prison
Il aime jouer avec ses cousins Florette et Mortimer

La Fête de Noël

Chouet ! c’est les vacances, les vacances de Noël…
Faut que j’soye sage
………………
Je joue tout l’temps dehors
i(l) fait déjà nuit
Mon chocolat papy Jo
Tu vas pas rentrer tout crotté comme ça ; à la douche bonhomme ; le goûter, c’est après
C’était tous les jours comme ça
…………………..
Et pis un jour, papa et maman se sont levés très tôt ; i(l)s ont tout chamboulé dans la maison
Grand ménage qu’i(l)s ont dit
Eh fiston, on a besoin de toi
J’me suis carapaté dans la cour et j’me suis caché avec mon chat Tcha-tcha
D’où j’étais l’après-midi, j’ai vu arriver tata Jacq’line avec le tonton Gaston ; i(l)s portaient plein d’paniers
Mais, j’ai pas vu les cousins !

Pis j’ai vu la mamy Odette et papy Charly en habits du dimanche ; c’est la première fois qu’i(l)s v’naient dans notre nouvelle vieille maison ; i(l)s étaient tout perdus, j’ai bien vu quand j’les ai suivi
Mais, j’ai pas vu les cousins !

Au bras d’Bertha, en jogging tout brillant comme la guirlande devant la maison, la grande Morti est entrée et de sa grosse voix qu’elle m’a dit bonjour, bisous
Y sont où tes cousins ?

C’est là que la Flo est entrée en robe rose, toute rose, avec son sourire tout rose et son frère l’Mortimer, tout grognon, comme d’hab
Les applaudissements, c’est pour eux, enfin pour elle ; i(l)s étaient cachés dans la maison et i(l)s ont fait une surprise !

L’papa s’impatientait la bouteille de mousseux à la main : i(l) s’réchauffe, à table qu’il a dit ; il a rempli tous les verres, même le mien
C’est là qu’la mère a crié : stop, pas pour l’petit
Il m’a tendu mon verre quand même et p(u)is tout a valsé
Le verre
Des coups
Un coussin
Un bras
Une perruque
L’dentier d’papy p’t’être, i(l) cherchait quelque chose par terre

Flo est tombée sur l’canapé et l’Mortimer heureux a fait l’chef d’orchestre « danse macabre » qu’il a crié ; l’a pris le couteau à pain comme un mousquetaire, a embroché la terrine, l’a fait tourner au dessus de sa tête, la terrine a volé et l’Morti s’est retrouvé tout bête avec un p’tit manche dans sa main

La terrine a rebondi sur la tête du tonton Gaston qui a ri…
Qui a ri jaune
Qui n’a plus ri du tout en s’effondrant par terre

J’ai goûté un peu dans un verre
J’ai ri un peu
p(u)is j’ai pleuré, pleuré quand les pompiers ont emmené l’tonton.

Mireille Barelle