Ma ville

CMAC !
Courir, marcher, accélérer, courir 

bol de chocolat avalé,
cartable saisi en trombe,
veste enfilée sur le palier

« moins l’quart » crie sa sœur
porte claquée
à cheval sur la rampe de métal noir, glacée 
premier virage, équilibre rattrapé
deuxième et troisième, ça tourne vite
ralentir
trop tard,
la voilà sur les fesses
la voisine du bas est plantée là,
penchée au dessus d’elle,
réprimandes…
fuite
splatch, kling
la grande porte vitrée de l’immeuble résonne.

Courir
cartable à bout de bras
Courir, marcher, accélérer, courir !
rue étroite
trottoir, rue
trottoir, rue
trottoir, rue
Courir, marcher, accélérer, courir !

moins dix place Auguste Dubois
vite à gauche
la copine est-elle là, sur le trottoir d’en face,
celui qui longe le jardin Darcy ?
personne en vue

Courir, marcher, accélérer, courir !
place Darcy, un long coup de sifflet,
stopper net ;
perché sur son piédestal l’agent de police officie ;
trop longue attente
trépignements
rage ;
flot de piétons

Courir
zigzag entre les voitures
passage sous la Porte Guillaume
descente rue Docteur Maret,
du côté droit, loin des pissotières,
d’où, l’an dernier, avait surgi un vagabond à demi défroqué.

moins trois devant Saint Bénigne,
tête rentrée sous le col, – les pigeons font le siège là-haut –
courant d’air glacial au tournant,

Courir, marcher, accélérer, courir !
rue Condorcet, chevauchée,
à moitié sur le trottoir très étroit
à moitié sur la chaussée ;
une bonne odeur de pain chaud ;
enfin, la voilà devant l’imposante entrée du Lycée MARCELLE PARDE.

La haute grille en fer forgé est grande-ouverte
Panne d’électricité ce matin ?

Mireille Barrelle

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Trajet régulier :

Ce chemin, il aura été parcouru des centaines et des centaines de fois en très peu de temps finalement. Dix mois, c’est court non ? A vélo ou à pied, l’important c’est d’avancer. Et par tous les temps, même la neige combattue à coups de moon boots roses. Que voulez-vous, il faut bien égayer l’hiver ! Un chemin connu par cœur, que l’on pourrait faire les yeux fermés : les allées du Parc et le souffle saccadé des coureurs effrénés, Wilson et les coups de klaxon des plus pressés, Chabot Charny menant à l’opéra par lequel on ne passe finalement pas, puis arrive le centre ville, la rue Piron avec ce même SDF et son chien qui dit toujours bonjour, la place Darcy et la cacophonie des pas martelés sur les pavés.
Le souffle court, le cœur qui bat à tout rompre, l’impression de lenteur dans les côtés, les frissons en hiver, les suées en été. Tout ça pour en arriver à cette école de Montchapet. Tout ça fait en un clin d’œil, machinalement, comme un ballet répété d’innombrables fois et exécuté à la perfection. Et tout ça pour quoi ? Pour la vie, pour retrouver ces petites bouilles chaque midi et voir leur insouciance d’âmes sans peine. Pour découvrir de nouvelles choses chaque jour parce que tout bouge tout le temps au pays des petits. Pour découvrir ce à quoi on aspire vraiment dans la vie. La certitude, le déclic. Voilà ce vers quoi a mené ce chemin d’à peine vingt-cinq minutes chaque jour et il n’y aura pas de retour en arrière.

Itinéraire :

Presse-toi un peu ! Nous voilà arrivés rue Joseph Milsand, tu vois là cette école ? C’était la mienne. Le lieu où je me suis le plus sentie à ma place je crois. Débarquée d’une autre école à l’origine, je ne connaissais personne. Mais ça n’a pas été un obstacle. Rencontre avec des personnes qui resteront toujours, avec des instituteurs qui te donnent l’envie du savoir et avec Roméo et Juliette, les deux tourterelles de la classe. Dès que je passais ces grilles, plus rien ne pouvait m’arriver. De mal bien sûr.
Suis-moi, vite ! Je ne sais pas combien de temps il me reste avant de tout oublier. Ce que tu vas voir là, ce sont les jardins de l’Arquebuse. Petit havre de paix, maintenant occupé par des éléphants magistraux. Mais quand j’étais petite, on ne venait pas pour ça. Tous les enfants accouraient dans la pataugeoire, profitant d’un peu de fraîcheur par temps chaud. Et puis il y a le musée aussi ! Si tu veux voir un vrai caïman, c’est là-bas qu’il faut aller. Enfin je crois que c’est un caïman. Il est peut-être vieux maintenant, peut-être même mort quand j’y pense… Bref.
Accélérons le pas, il ne faut rien louper ! Je t’emmène maintenant au parc de la Colombière : vaste endroit où chacun peut trouver son bonheur et à tout âge. Petite, j’adorais aller nourrir les animaux mais surtout les chèvres. Bien sûr après c’était à mon tour de dévorer, non pas des feuilles, mais une bonne barba-papa tout en réclamant un de ces gros ballons qui finit cinq minutes plus tard soit éclaté soit coincé dans un arbre. Sans oublier tous les jeux, toboggans, balançoires, rosalies mais aussi le manège et la calèche des ânes. Le paradis je te dis !
Par ici la visite, allez ne te perds pas en route ! Ce quartier, je ne cesse de le retrouver, de le traverser, de le rencontrer. Tout est lié. Il y a peu, il m’a permis de découvrir un avenir et aujourd’hui il me rapproche encore de la suite. Il n’est que rires d’enfants, joies, découvertes. Depuis peu, il est même devenu le quartier général de mes écrits sans queue ni tête.
Prends ma main, on a encore des tas de choses à voir ! Je veux absolument te montrer ce théâtre. Il n’est pas très grand, c’est vrai mais c’est bien suffisant comme cela. Grâce à lui, j’ai pu rencontrer Narcisse, Antigone, Richard III, le Horla et tant d’autres dans tous les registres possibles. Essaye, tu en sortiras différente.
Mais viens vite, je crois que le temps nous est compté ! A présent nous voilà au musée des Burgondes. Enfin peut-être pas mais de leurs descendants tout de même. Cet endroit représente mon premier job d’été comme on dit. Et oui, c’est la crise tu vois bien et puis ça ne fait pas de mal de mettre un orteil dans le monde du travail. Celui-ci était agréable, tu en connais beaucoup des jobs où l’on te paye pour lire toute la journée et dire « bonjour » ?
Encore quelques lieux et après ça suffit, je sens que je fatigue… Ici c’est l’Eldorado, autant au propre qu’au figuré. C’est dans ce cinéma que je suis allée voir un film seule pour la première fois. Ça marque les choses comme ça ! Surtout avec ce film, adaptation d’un livre criant de vérité. Et puis l’héroïne s’appelle Mathilde alors..
Encore un peu de nerfs, voilà le dernier ! Et pas des moindres : Pompon. L’ours mascotte de Dijon. Un fidèle destrier pour tous ceux qui se prêtent au jeu. Allez maintenant, extinction des feux. Et comme le dit si bien un nounours : bonne nuit les petits !

Mathilde M.

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En route pour l’école

« Ton manteau ? Ton bonnet ? Ton écharpe ? Tes bottillons ?…ça y est ? Tu es prête ? ». C’est un jour d’école, un jour d’hiver froid et venté, un jour comme beaucoup d’autres où il fait bon, ma main dans celle de maman.
Chaudement vêtues toutes les deux, on descend l’escalier, le sombre escalier où chaque marche craque comme un signe de vie. Quittant les parfums de café fraîchement passé, je trouve, au rez-de-chaussée, les humidités, les moisissures et les odeurs de cave. Tout au bout du long couloir où aucun rai de lumière ne filtre, je marche d’un bon pas, sûre de mon but, sans effleurer les murs froids couverts de salpêtre. Ma main trouve le loquet sans hésitation. L’habitude a fait son ouvrage, comme chaque fois que je passe là, comme chaque jour. Maintenant, je suis grande, j’ai six ans, mais quand j’étais petite, je ne lâchais pas la main chaude et rassurante de maman. Je me serrais contre elle, mon cœur battait plus vite, j’étais persuadée que des monstres étaient tapis derrière moi, tout au creux du noir.
Mais, aujourd’hui, je suis fière d’arriver la première pour ouvrir cette lourde porte donnant accès à la lumière de la rue du Gymnase, à la lumière et au bruit infernal de la Serrurerie Jackson, juste en face, qui scie de longues barres métalliques qui s’écrasent au sol en hurlant à me rendre sourde et crachant des milliers d’étincelles feu d’artifice.
Je regarde tout en passant sans m’arrêter et file en haut de la rue, jusqu’au quartier général des armées où des arbres magnifiques agitent leurs branches par-dessus de très hauts murs de pierre.
La rue Brulard, dans son étroitesse, nous conduit vers l’église Saint-Jean que nous rejoignons en traversant la rue Bossuet et en prenant garde de ne pas me tordre les chevilles dans les rails du tramway.
J’arrive alors rue Danton. J’ai envie de m’arrêter aux Bains publics que nous fréquentons régulièrement en famille. Mais, maman accélère le pas. Nous aurons juste le temps d’arriver à l’école avant la sonnerie. Vers l’église Saint-Philibert, le vent nous coupe le souffle. Il s’engouffre à travers les moindres interstices et nous glace le corps. Je me serre contre maman, elle m’enlace de son bras et c’est alors un grand bonheur.
Vite, nous passons devant la cathédrale Saint-Bénigne et enfilons la rue Mariotte.
Ca y est ! J’aperçois mon école. On tourne à droite et on remonte en face de cet immeuble de la Gestapo qui me fait peur.
Mes camarades sont là. Je les rejoins en courant avec un petit signe de la main pour maman.
A midi !
Pauline MASSON