L’inconnu

L’inconnu et moi

Quand on m’a demandé d’écrire sur toi, l’inconnu, j’ai tout de suite pensé à l’Inconnu du Nord-Express, un film de Sir Alfred Hitchcock où un joueur de tennis se trouve entrainé malgré lui dans un échange de crimes et puis à l’Inconnu du Lac lorsque Franck veut vivre une passion avec Michel, beau et mortellement dangereux. Deux films de mort, deux films où tu es dangereux, l’inconnu. Curieusement je ne te vois pas au féminin, j’ai pourtant souffert avec toi pendant ma scolarité, l’inconnue d’équations qui me parlaient si peu. Je ne pense pas non plus à toi au pluriel, les Inconnus, alors qu’au pluriel te voilà pourtant beaucoup plus drôle…Quand je t’imagine en soldat, tu m’attristes, seul et perdu pour toujours, célébré pour tes millions de frères, tombés au combat comme toi dans des guerres absurdes… elles le sont toutes. A vrai dire j’essaye de ne pas penser à toi ou le moins possible, car au fond tu es l’absolu qui barre nos vies humaines, toi qui as l’éternité devant toi.

Christine

Parler à un inconnu : Wajdi Mouawad – Dialogue imaginaire

  • Bonjour, ne raccrochez pas s’il vous plaît. Je n’ai rien à vendre. J’avais juste envie de parler à un autre être humain.
  • Vous êtes seul ?
  • Non, j’ai une famille, je suis avec ma famille. Ma femme et trois de mes quatre enfants
  • Vous ne pouvez pas leur parler ?
  • Ce n’est pas ça… mais avant je rencontrais des tas de gens. Là je tourne en rond.
  • Comment êtes-vous tombé sur moi ?
  • Par hasard, vous êtes la 226ème personne que j’appelle et la seule qui n’ait pas raccroché
  • Cela fait 226 personnes sensées et une fille qui ne sait toujours pas dire non. A 58 ans c’est pitoyable.
  • Je ne trouve pas non. Je suis très heureux que vous n’ayez pas raccroché
  • Vous êtes drôlement persévérant en tous cas.
  • Oui je suis assez patient
  • Vous ne m’avez pas dit votre nom…
  • Je m’appelle Wajdi Mouawad
  • C’est original, moi c’est simplement Christine. Enfin quand je dis simplement…, Ça vient quand même directement du mot Christ qui est la traduction grecque du mot hébreu « Messie ». Et vous, d’où vient votre prénom ?
  • C’est un prénom libanais. Il signifie « qui rencontre Dieu »
  • Incroyable, cette coïncidence
  • Il n’y a pas de coïncidences, il n’y a que des coups de théâtre.
  • Bizarre que vous disiez cela
  • Déformation professionnelle, le théâtre c’est ma vie.
  • Vous êtes comédien ?
  • Comédien, metteur en scène, directeur de théâtre… une pincée de ci, une pincée de ça. Comme moi, libanais, canadien de cœur, français d’adoption
  • Je viens de vous wikipédier
  • Quelle horreur, vous allez détruire le mystère
  • Pas du tout, il n’y a que quelques lignes, cela ne fait pas une vie
  • Je ne veux pas être confiné en 500 mots.
  • En parlant de confinement, à quoi passez-vous votre temps ?
  • J’écris un journal, un journal du confinement et puis je le dis, je le dévoile, je le déclame, je le récite, je le susurre, je le confie, je l’articule, je le prononce, je le conte.
  • Je viens de le trouver sur internet, je l’écouterai quand nous aurons raccroché. Dites-moi, c’est un journal à trou, vous n’écrivez ni le samedi ni le dimanche.
  • Je garde un rythme, au plus près de la vie d’avant
  • Moi ça ne m’intéresse pas. Je ne crois pas qu’elle va revenir la vie d’avant, ou alors pas avant longtemps et ce ne sera plus la vie d’avant mais celle d’après. Du coup je me laisse dériver, je flotte entre deux eaux, je m’éloigne, j’ai largué les amarres, je me perds. Si ça se trouve je vais couler à pic.
  • Le lien, il faut garder du lien, s’arrimer aux autres.
  • Vous n’avez pas rédigé votre journal le 20 mars, pourquoi ? Jour 5 : c’est écrit là, en toutes lettres sur internet : « nota bene : Il n’existe pas d’enregistrement datant du vendredi 20 mars ».
  • C’était l’entracte. Je me suis offert un cornet vanille pistache avec le bout en chocolat, j’ai mis mes décorations, et j’ai tiré la queue de mon chat.
  • Vous êtes un peu perché, il faudrait redescendre de la Colline.

Elle rit bêtement.

Il raccroche.

Christine

Je me demande si moi un inconnu…

Elle n’a rien de remarquable, elle le sait. Juste l’air frais et sain de la grande fille du Minnesota qu’elle était avant de s’installer à New York. Silhouette sportive, un carré blond court au-dessus de deux yeux noisette, attentifs, quelques taches de rousseur pour son malheur et un grand sourire qui doit beaucoup à son orthodontiste. Après quinze jours de marche sur les anciens chemins de pèlerinage du Japon, elle savoure son retour à la modernité en sirotant un coca zéro bien frais. Assise dans un coin, elle observe les quelques voyageurs échoués comme elle dans ce bar, attendant leur vol : une famille japonaise avec deux ados aux cheveux très noirs et drus qui ne lèvent pas les yeux de leur portable, une femme seule, sac Vuitton et escarpins chics, la cinquantaine soignée et un beau brun, cheveux un peu trop longs, grand corps baraqué moulé dans un tee-shirt noir tout simple et un jean brut. Depuis tout à l’heure, chaque fois qu’elle lève les yeux, elle voit qu’il l’observe. Il ne se cache pas. Il accroche son regard, lui fait un petit signe de la main, avant de redresser son mètre quatre-vingt-cinq et de se diriger vers sa table. « Je peux ? » lui demande-t-il en désignant la chaise vide en face d’elle. D’un signe de tête, intriguée et un peu sous le charme aussi, elle lui fait signe de s’assoir. Il se présente « Matthew », il vient de passer un mois dans l’Ile d’Hokkaïdo à un projet dont il ne dira rien de plus. Elle lui parle de ses deux semaines de randonnée, de son retour à New York, dans Little Italy, son quartier qu’elle adore. Il lui offre un nouveau verre et la conversation roule, anodine. Elle y prête moins attention qu’à son physique. Il doit avoir une petite dizaine d’années de plus qu’elle, dans les trente-cinq ans. Il lui fait penser à un de ses profs d’université dont toutes les étudiantes étaient amoureuses. Il la regarde attentivement, sans que son regard la mette mal à l’aise ; il a un regard franc, presqu’amical. Il reprend la parole « Je me demande si moi, un inconnu, je pouvais vous demander, à vous, une passagère, de transporter un objet à bord de l’avion ? ». C’est la douche froide. Dans sa tête s’affichent les consignes si souvent répétées : surveiller ses bagages, ne jamais accepter de transporter quoi que ce soit. En un éclair, elle se voit là l’arrivée à JFK avec les chiens qui reniflent son sac à dos, les deux douaniers qui lui font signe de les suivre dans une pièce isolée, le paquet bourré de drogue entre ses pulls, ses explications qui n’en sont pas…Elle refuse sèchement, aussi sèchement qu’elle est déçue ; c’était trop beau pour être vrai cette rencontre. Elle se lève, songe à le dénoncer aux autorités, renonce en s’imaginant raconter son histoire à un policier japonais. Elle quitte le bar. Un peu avant d’embarquer, debout dans sa file, elle le voit dans la salle d’embarquement voisine qui discute avec une jeune femme. Il doit lui faire à elle aussi le coup du beau ténébreux. Plus tard, dans l’avion, elle s’imagine explosant en plein vol au-dessus de l’Atlantique, la bombe dans ses bagages activée à distance…

Elle a repris son travail de développeuse informatique depuis une semaine. Elle dîne devant la télé avec Stripes, son gros matou tigré, l’amour de sa vie. Fusillade dans un supermarché, pollution aux hydrocarbures en Louisiane, vote au Sénat pour limiter l’intervention militaire des États Unis en Iran et tout à coup, elle voit son bel inconnu à l’écran, au côté d’un petit homme rondouillard, quelconque, à lunettes cerclées de métal. C’est pourtant lui qui tient la vedette. « La polémique enfle autour de la pièce Je me demande si moi un inconnu… dans laquelle de jeunes américaines, séduites par un très bel homme, vont accepter de transporter des paquets dans leurs bagages avec des conséquences terribles. Je n’en dis pas plus pour ne pas révéler l’intrigue mais je me tourne vers vous Dan Whaite. Je rappelle que vous êtes le metteur en scène à succès de plusieurs pièces, assez controversées où vous mettez à mal les travers de l’Amérique. Vendredi soir, vous avez fait monter sur scène, lors de la première de votre pièce, douze jeunes femmes qui ont effectivement fait traverser l’Atlantique à des chapitres de votre pièce, sans savoir ce qu’elles transportaient. Elles se sont fait brocarder par les médias et l’une d’elle a même porté plainte contre-vous, pour atteinte à sa dignité ». « J’ai voulu démontrer que le tout sécuritaire n’existe pas. On nous rebat les oreilles de technologie, de contrôle renforcé mais les bonnes vieilles méthodes de séduction marchent encore ». Il se tourne vers l’homme qui l’a abordée à l’aéroport. « Ron Hobbart, l’acteur principal de ma pièce, qui joue le rôle d’un terroriste, très organisé, n’a eu aucun mal à convaincre ces personnes de transporter un paquet scellé ». « Le FBI vous accuse d’avoir voulu atteindre à la sûreté de l’Etat », reprend le journaliste. « C’est tout bonnement ridicule, on m’accuse de quoi exactement, d’avoir convaincu des jeunes filles un peu naïves de faire passer la frontière à un bouquin ?» « L’art doit être un coup d’état permanent, je le revendique, je ne veux pas faire des pièces drôles ou gentillettes. ». « Ron, les féministes s’en prennent à vous en disant que vous êtes l’archétype du macho et que vous ridiculisez les femmes, forcément des petites dindes écervelées. ». « Je vois cela comme un prolongement de la pièce, c’est toujours un jeu, un jeu d’acteur mais appliqué à la vraie vie ». « Dan, vos détracteurs disent que vous avez fait un coup mais que votre pièce, est, pardonnez- moi, un navet, qui enchaîne les poncifs les plus éculés… ». « Les spectateurs jugeront, je me fiche de la critique ».

Christine

 

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L’inconnu

J’ai la patate, je t’attends et je t’espère

Au détour de mes voyages, de mes escapades

Que ce soit

Non loin de chez moi ou au bout du monde

Sur tes points d’interrogation, la curiosité l’emporte

Tu me donnes la pêche !

Je poireaute, je t’attends et je t’espère

lors de rencontres fortuites ou de grands rassemblements

Le plus souvent

tu me surprends par la richesse des échanges que tu produis

Je me découvre parfois des affinités insoupçonnées avec d’autres

C’est la cerise sur le gâteau !

Tu me prends le chou, je te fuis et je te crains

Quand tu me déçois et que tu compliques les choses

Et si d’aventure

J’ai l’affreuse sensation que tu m’entourloupes

Je m’inquiète, je lutte, je tente de résister à tes malversations

Car je sais que les carottes sont cuites !

Tu portes la guigne, je te fuis et je te crains

Toi qui sévis incognito et tues sans vergogne

Et qui plus est

Tu romps le charme de la rue

en t’imposant dans une mascarade générale

C’est la fin des haricots !

On compte pour des prunes, je te fuis et je te crains

Toi qui rends l’homme méfiant envers l’autre

Tu réinventes pour nous la conjugaison

Nous faisant regretter le passé simple , passant par un présent incertain

Nous menant vers un futur compliqué

De quoi en tomber dans les pommes !

Si je te raconte toutes ces salades,

C’est que je veux être plus forte que toi

En me fendant la poire et en ayant le melon

Contre tout ce que tu me renvoies et qui me dérange !

Une promenade dans mon potager où je me ressource

Et pour moi tu finis par devenir drôle !

Tous les moyens sont bons pour t’apprivoiser, t’affronter, parfois même te rechercher

Désolée mais je n’y parviens qu’en me mêlant de tes oignons !

Rosy Gérardin

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/*L’Inconnu *?//

//Il y a tant d’inconnus dans ce que l’on croît connu alors qu’ils

contiennent plus de non//

//révélés que ce que l’on pourrait imaginer !/

/

/

/Pour moi ce sera « l’inconnue » au féminin ! Ce matin dans un miroir je

découvre une//

//« inconnue » que je croyais connue, au moins de moi fort surprise,

alors que je//

//m’interrogeais sur le thème proposé « L’inconnu » !/

/

/

/Une attention inhabituelle ! Rires et étonnement quand les reflets

émoustillent mon//

//regard ! Je vois une abondante chevelure blanche, un visage hâlé tout

en rides//

//profondes, un nez pelé par le soleil, des yeux au fond d’orbites

creusées, des bajoues//

//tombantes, un menton soigneusement épilé, des sourcils grisonnants en

bataille !//

//« On dirait une vieille indienne » me lance une amie. Grand merci pour

le compliment !/

/

/

///Avec le covid 19 j’essaie un masque (fleuri) avant de sortir :

partiellement il masque//

//ma vieillerie ! Seul un regard moqueur m’est renvoyé : et c’est mieux

ainsi !//

//Une Aïeule//       ce 24 mai

 

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