La maison

Dans ma maison, qu’y met-on ?

du thon

un bond

des gonds

un lion

un pion

Dijon

du bœuf mironton

un dindon

un crayon

du coton

un basson

des croûtons

un ballon

un camion

des moutons

des bidons

des bonbons au citron

des macarons

un polochon

des pantalons

des cotillons

un potiron

un édredon

un saucisson

un caleçon

un médaillon

et font et font les mirlitons

un bouton

un melon

un caisson

un boulon

un loup blond

un breton

un bourguignon

des consultations

des « qu’en dira-t-on ! »

et dans le salon,

tout en haut de l’escalier en colimaçon,

des discussions

des altercations

des contestations

des oui, mais non

des décisions

la révolution

Mireille B.

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Dans une maison, on trouve :

La chaleur du poêle dont les flammes viennent noircir la vitre qu’on tente désespérément de garder propre

et un lit douillet dans une chambre où il fait 17°C.

Les rires d’enfants qui nous agacent

et les miaulements incessants des chats qui nous font sourire

à moins que ce ne soit le contraire.

La musique de la chaîne hifi qui se faufile dans toutes les pièces

Et un cocon douillet où l’on aime se retrouver au calme.

De l’eau chaude dans une douche à l’italienne

Et des conversations sur la pluie et le beau temps.

Des photos de famille qui ont trop vu le soleil

Et des jouets qui ne voient pas assez leur étagère.

Du repos avec un bon livre au coin du feu

Et des jeux d’enfants dont on a oublié de retirer les piles.

De la convivialité autour d’un bon repas convoité par les chats

Et les cris d’une dispute devant des chats médusés.

La résonnance étrange du vide dans une pièce meublée

Et l’absence de l’occupant qui est parti avec son âme.

L’amour et la tendresse malgré le quotidien

Et le partage de ce que l’on voudrait garder pour soi.

De la sécurité avec une porte fermée à double tour

Et des portes fenêtres laissées ouvertes toute une journée.

Une brosse à dents en poils de Dieu sait quoi

Et une balayette qui sert de brosse à cheveux au petit dernier.

Des vêtements trop grands

Et une bibliothèque trop petite.

Alexandra

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Une pièce de la maison:

Je suis la pièce que l’on adore ou que l’on déteste. En tous cas, je ne laisse pas indifférent. Vous me trouvez prétentieuse ? Pourtant, je ne fais que répéter ce que j’entends.

Je me souviens que ma première propriétaire passait presque tout son temps avec moi. Elle trouvait que je sentais bon le chocolat, le jus de viande au romarin et même le chou-fleur ! Elle me rapportait souvent des cadeaux, comme des robots hachoirs ou bien le dernier cri des pieds plongeurs. Les couleurs chaleureuses de cet électroménager égayaient mes étagères et maquillaient les petites rayures gravées sur mon plan de travail patiné par le temps.

A l’époque, je donnais ouvertement sur le salon et je partageais mes odeurs alléchantes avec les visiteurs qui s’aventuraient volontiers sur mon territoire pour glaner quelques petits fours esseulés dans une assiette. Je respirais la vie et la convivialité des humains, et je cohabitais avec le salon en toute amitié complice.

Le temps passe et ma douce propriétaire s’en est allée. Et, malheureusement, un jour, ils sont arrivés. Eux, cette famille sans cœur et sans casseroles. Ils ont remonté le mur entre mon ami le salon et moi, m’isolant, me rétrécissant, me mal-aimant. Car cette famille-là ne supporte pas les odeurs de cuisine que seul le pauvre micro-ondes laisse encore échapper de plats surgelés maigrichons.

La lumière terne du plafonnier vient maintenant éclairer ma morne vie. Je vieillis. J’oublie l’odeur du romarin, le rire des invités, les « humm » amoureux d’une cuisinière en extase devant un plat réussi. Le seul qui s’extasie encore sur mon carrelage, c’est le chat devant sa boîte de pâté.

Ah, je rendrais bien mon tablier. Qu’est-ce que j’aimerais être un salon !

Alexandra

         ***

« La sorte de silence qui suivait leur départ  je l’ai en mémoire. Rentrer dans ce silence, c’était comme rentrer dans la mer. » – Marguerite Duras

L’appartement se figeait soudain, et je restais plantée là. Plus un bruit alentour, et pourtant, un bourdonnement assourdissant envahissait peu à peu mon crâne, comme des vagues qui viendraient se fracasser sur l’intérieur de mon front.

Je vacillais. Je fermais les yeux et le bruit se faisait encore plus présent. J’étouffais un sanglot, je manquais d’air, je perdais du temps, j’avalais les mots au lieu de les libérer.

Je ne pouvais pas rester là, terrorisée. Je jetais un regard circulaire – seuls mes yeux n’étaient pas paralysés par l’angoisse – et je ne reconnaissais plus cet endroit pourtant si familier, mon cocon familial.

Sans eux, je n’étais plus qu’une ombre agonisante se découpant sur le mur du salon, une silhouette empalée par l’ombre du montant de la fenêtre. De l’air, il me fallait de l’air. Forçant douloureusement le passage jusqu’à mes poumons, il me laissait enfin expirer un violent crachat de mots : « Papa, Maman, attendez-moi ‼ » Et je finissais par courir derrière la voiture à en perdre haleine.

Non, je n’ai jamais supporté le silence qui suivait leur départ, et c’est pour cela que je ne les ai jamais laissés partir sans moi. Car c’était eux, ma maison.

Alexandra

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« Mais si on ne jette pas, si on ne se sépare pas, si on veut garder le temps, on peut passer sa vie à ranger, à archiver la vie ». La maison de Margueritte DURAS

Non !!! Mon écharpe trouée je veux pas la jeter. C’est une Kenzo quand même !!!!

La casserole sans queue non plus. Elle me sert bien quand je fais des caramels !!

Allez. Je garde tout. Je jetterai plus tard!! Ou pas…

Ca s’accumule, ça prend de la place mais…

Ah… La plante desséchée de la mémère… J’peux pas m’en séparer !!! Je la garde aussi…

Mais j’vais la mettre où ??!!

Ah… Je verrai plus tard…

Virginie V.

***

Ça fait 4 ans que je prends la poussière là, dans son salon. Bon. Y’a eu un déménagement qui a permis de faire un grand ménage mais bon…

Je viens de Suède moi quand même !! Enfin, j’ai été acheté chez Ikéa, mais au départ, je viens de là-bas !! Je suis un cadeau de son amoureux !!! Et oui !!! Je suis précieux moi !!!!

Elle dit que je suis couleur taupe. C’est pas très gratifiant !!! J’aurais préféré couleur mauve satiné ou soleil d’été ou bleu roi ou corail ou marron chocolat !!!

Mais bon. Suis couleur taupe… En même temps, même les mûrs sont taupes !! Du coup, je me sens moins seul… Mais c’est d’une tristitude affligeante…

Ah pis ce canapé en face de moi, je ne le supporte plus. Bon, d’accord, elle l’habille avec des plaids colorés et des coussins assortis mais elle ne les change pas assez souvent à mon goût…

Ah pis toutes ces grandes tiges de la plante qui m’entourent et me chatouillent !! Beurk. Pis elle pousse, elle pousse !! Elle n’a que ça à faire en même temps !!! J’en peux plus !!!

Heureusement que ma copine la table basse me tient compagnie !!

Pis elle a chargé mes tiroirs avec ses CD. Tout est mélangé !!! Les Orgres de Barback avec Pascal Obispo et Jacques Brel !! Le pauvre… Y’a ses photos aussi !! Et elle a encore trouvé de la place pour m’envahir de bouquins : les Green qui fricotent avec les Gavalda et les Pancol, et les Gounelle et les Lévy mélangés aux recueils historiques sur la déportation !! N’importe quoi !! Suis pas d’accord moi !! Les livres, c’est dans la bibliothèque qu’ils devraient être !! Je peux pas tout accepter quand même !!!

Mais l’instant que je préfère, c’est le soir après la douche et le repas, quand elle allume l’halogène et les bougies, qu’elle se pose dans le canapé avec sa fille et qu’elle lui raconte une histoire. Parce que moi aussi, je peux en profiter…

Virginie V.

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MAISON

Dans une maison, il y a

des pièces claires, d’autres obscures

des murs qui murmurent, des plinthes qui sussurent,

des fenêtres qui s’ouvrent et tout à coup rassurent

des volets fermés et des portes condamnées.

des portes entr’ouvertes et des clés inutilisées.

Dans la maison, il y a

l’entrée

qui pourrait aussi s’appeler « sortie » ou « espace du milieu »

tant elle est le juste lieu

pour les rires purs et les adieux chaleureux,

l’entrée avec son placard à chaussures

pas très beau, mais qui est là parce qu’il est là ;

une chambre pour soi, une chambre aléatoire,

une cuisine grande… et sûre,

un salon couleur taupe, où l’on discute aveuglément,

un canapé rose bonbon, pour les conversations

sucrées salées saoulées sacrées…

le porte manteau triste et l’escalier toujours gai

de vieilles pommes et des poires pas mûres,

un frigo trop grand et un couloir trop étroit

des coloriages et des belles histoires

à lire aux petits le soir

Une étagère instable

des cosmétiques improbables

et quelques histoires de fric,

des cauchemars dont on a plus que marre,

une chaudière récente, une commode ancienne

un carrelage froid et des plats chauds,

des sentiments neufs et d’autres réchauffés,

Des photos souvenirs et des photos prophètes

une lampe d’ambiance et une ambiance tempête,

des gilets démodés et des jupes trop courtes,

des odeurs de petit salé, des ingrédients pour la tourte…

Une eau fraîche et un chocolat chaud

Des tapis que l’on m’a donnés,

Ceux que j’ai achetés, celui que j’ai volé.

Les secrets des bébés et ceux des personnes âgées,

les cadeaux préparés, les visites imaginées,

les compte rendus médicaux et toutes les vieilles radios,

ma chère radio et ma pauvre télé,

ma douleur apaisée, ma joie labourée

et tout un tas de trucs électro electriques, électroniques, électro ménagers

sans oublier le téléphone qui sonne ah j’aime quand il sonne

sans négliger l’ordinateur trompeur et l’adaptateur adapté

Les livres qu’on m’a offerts

Les papiers à conserver, les bulletins de salaire

Les recettes de grand-mère et les caprices de p’tite fille

Les confitures maison et les secrets de famille

Ses BD et ses CD

comme s’ils étaient nécessaires

pour entendre, voir et toucher

ce que jamais je ne pourrai

oublier

Le courrier bien trié

et quelques chaussettes dépareillées…

Les enfants qu’on attend, les enfants qu’on entend,

les amis qui passent, les amis qui reviennent

les gens qui donnent

plus qu’ils ne prennent

Leur temps.

Les bruits de la rue, les allées et venues

des passants ralentis ou des mamans pressées

Les coups de sonnette surprise,

les enfants cachés…

Et tout ce qu’il se passe,

de ce côté-ci ou de l’autre côté…

C’est un peu tout ça « la maison »

mais c’est tellement plus que ça, une maison…

Françoise