Je brûle

Je brûle – atelier co-animé avec Marie Payen (auteure comédienne du spectacle Je brûle)

Je suis née…

Je suis née ailleurs.

D’ailleurs, je suis née plusieurs fois.

Je suis née de la terre des valeurs.

Je suis née du coucher du soleil dans la mère et de la musique flottante.

Je suis née de l’écriture du silence des mots.

Je suis née des livres qui invitent au voyage.

Je suis née dans ses bras.

Je suis née de l’absence et de la solitude des rencontres.

Je suis née de la douleur et des souffrances.

Je suis née de ce qu’il a rapporté de là-bas et de ce qu’elles m’ont offert d’avant.

Je suis née avant, plusieurs fois, avant, avant, avant et après, il y a eu la bulle, l’imaginaire, tout un monde à moi pour me protéger de cet autre monde que je n’aime pas.

Et toi ? Dis-moi d’où je suis née. Dis-le moi plusieurs fois.

Virginie V.

Je suis née de

Celui qui partait en vacances sur un coup de tête

Celle qui passé la porte de la maison a toujours un balai dans la main

Celui qui n’a jamais eu de carte bancaire

Celle qui n’aimait pas les filles et préférait les garçons

Celle qui lavait matin et soir son frère immobile et lourd dans son lit

Celle qui est allergique aux fraises

Celui qui a retrouvé son père au Cameroun, 20 ans, après ma naissance dans une lettre de l’ambassade mentionnant son décès.

Celle qui n’a jamais quitté sa femme pendant 70 ans

Celle qui n’est jamais sortie de sa maison sans s’être apprêtée au préalable

Celui qui a vécu dans une tribu africaine avec plusieurs femmes et plusieurs enfants

Celle qui parle fort comme si le monde autour d’elle refuse de l’écouter

Celle qui a porté seulement un tablier tout au long de sa vie

 

Jennifer B

 

 

Ecrire les sons

Silence. Il s’échappe. Il s’enfuit. Ça y est. Il est parti.

Cherche !

C’est vain. Il est parti trop loin.

C’est pas fini !

Si. Pour lui, c’est fini.

Et pour moi ?

Il t’as attendu suffisamment. Il n’est plus temps.

Pourquoi ?

C’est long une vie sans sa fille.

Et moi ? Je suis encore là !

Chante pour lui. Il t’entendra.

Vis pour lui. Il te guidera.

Ecris pour lui. Il reviendra.

Virginie V.

Portrait sonore : s-t-p

Mon père détestait son travail sans trouver la force de lui en substituer un autre. Il préfère la solitude des livres pour apprendre sans personne ce qui lui plaît : progresser en propre en se promenant dans l’existence constitue l’essentiel de son projet de vie. Il m’a transmis le goût de la digression et appris le plaisir intellectuel des chemins de traverse. Proust est bien sûr son auteur préféré par ses propos snobs surannés, ses phrases sinueuses et sa syntaxe torturée. Il apprécie aussi Chateaubriand pour ses interminables Mémoires d’outre-tombe : ce portait complaisant d’un homme aspirant à la grandeur et qui s’est toujours trompé fait renaître en lui l’amertume des relations professionnelles. J’aime discuter littérature avec lui autant qu’il aime disserter à son propos. Il me fait ainsi profiter de son savoir et partager ses émotions.

Georges Waszkiel

 

Portrait en son « le et me » :

Elle dans son monde sans voix lactée,

Mélange l’avenir de ces enfants avec son passé qui la maltraite,

En levant son menton,

Elle se manifeste au monde.

Le monde n’a pas eu le temps de se retourner,

Qu’elle est déjà en train de marcher.

Avec ces mains, elle malaxe les mensonges,

Et maintient sa liberté.

Jennifer B

Tu l’as saisi quelques instants

Oubli ou blizzard qui balaie ma mémoire. Qui étais-tu ? Toi l’inconnu connu, tant de fois imaginé. Je ne sais plus. Archives blanches. Le voile est tombé sur ces années. Les souvenirs s’en sont allés. Le silence a parlé. Tu l’as saisi quelques instants. Il t’a envahi pour toujours. Tu n’étais plus là. Déjà. Et moi, perdue sans toi dans cet oubli que je ne souhaitais pas, je brûle ! Je brûle et rêve d’oublier l’oubli. Je me consume sur le bûché de ton absence et renais de ses cendres. Où es-tu ? Je ne l’ai jamais autant su.

Virginie V.

 « Atteindre un point où le langage crée de la mémoire vive »

Est-ce la mémoire qui accouche d’un langage ou sont-ce les mots qui évoquent des souvenirs comme la madeleine si évocatrice de Proust ? Le langage aurait-il alors une vie propre pour atteindre un point où il créerait lui-même de la mémoire vive ? Lorsque je dis le mot « bleu », les images qui me viennent à l’esprit, au-delà de la simple couleur, se rapportent à des souvenirs comme les vacances au bord de la mer, la couleur de mes pulls préférés, mais aussi à des émotions comme le noviciat mal vécu ou encore des sensations comme le goût du curaçao ou la douceur des pantalons de velours de mon père. Et en même temps, toutes ces idées nées du même mot m’assaillent simultanément comme si tous mes souvenirs, aussi anciens soient-ils et quelle que soit leur nature, convergeaient vers lui pour créer une image nouvelle qui s’inscrira dans ma mémoire immédiate, comme un nouvel instantané. Et pour fêter ça, une bonne bière bien fraîche, les sales blagues de l’Echo des Savanes et au lit !

Georges Waszkiel

« Suivre en direct les errances de son cerveau » :

Chercher son origine

Chercher ses papiers

Chercher son arrivée

Si l’errance constitue à ne pas voir que l’on cherche

Mais vivre sans après, sans lendemain, sans plus tard,

Chercher l’instant,

Le temps qui n’est pas temps,

Le temps qui s’étend,

Le temps sans limite,

Le sans début ni fin,

Le temps suspendu,

Comme mon cerveau est à cet instant suspendu à ces mots,

Ces mots qui ne viennent pas, qui ont eu du mal à venir.

Ces mots qui ont été aidé, pendant l’enfance, à être ordonné, rangé, structuré.

Mais mon cerveau déverse les mots, dans l’instant,

Sans prendre le temps de les digérer.

Ils s’agitent dans ma tête,

Comme un enfant qui ne tient pas sur une chaise

Car il voudrait déjà être dans l’instant d’après.

Et puis, les mots se balancent dans un autre sens,

Retourne en arrière pour aller plus loin en avant,

Ils se jettent dans le vide,

Et sonnent et raisonnent en haut,

Ils détonnent et tournent le dos,

Pour prendre un autre chemin.

Un chemin en train de se faire et se défaire.

Jennifer B

Le grand n’importe quoi

Le radiateur me brûle et j’adore les artichauts qui marchent dans la neige même si mon fils a mal à la tête. Alors, quand le silence est d’or, j’adore écrire parce que écrire, c’est grandir et cueillir des pissenlits dans les champs pendant que mon chien veille ma grand-mère dans la nuit froide. C’est bon d’en rire mais j’avais oublié que demain, je dois me lever tôt : j’ai un rendez-vous à 11h à Besançon.

Virginie V.

 Mémoire vive :

Le silence est dehors,

Et il fait froid dehors,

Mais le chauffage me brule,

A l’intérieur de moi-même,

L’envie aujourd’hui d’écrire,

Car écrire c’est grandir,

Mais quoi écrire,

« J’aime les artichauts »,

« Je mange des pissenlits »,

Ecrire c’est rêver,

Que mon fils marche dans la neige,

Ecrire c’est oublier,

Que mon chien a veillé ma grand-mère,

Que j’ai mal à la tête,

Que j’ai un rendez-vous demain à 11h à Besançon,

Et que je dois me lever tôt demain.

C’est bon dans rire.

Jennifer B