Images en mots

02.V.16

Je suis la voix du tram, celle qui vous repère, qui nomme les lieux et les arrêts,

Je suis la voix du tram, celle que vous entendez chaque jour et que vous n’écoutez plus.

Sans qualité, si anodine… Le remarquerait-on si l’on m’avait remplacée ?

Je suis la voix du tram mais je ne suis la voix de personne…

Je suis la voix du drame, de l’Opéra, de Madame Butterfly et des Walkirie,

Je suis la voix des larmes, celle qui touche et qui fait mouche.

Si pure, sans défaut, je semble parfois coupée de l’organe qui me produit, je flotte dans l’air jusqu’à vos coeurs.

Je suis la voix du drame et je suis la Voix de tous les hommes…

Fabrice Gautheron

 

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Eblouie par le Rouge

Apaisée par le Bleu

Stimulée par le Jaune

Séduite par une lumière intense

qui danse

se dilue dans le pavé humide

disparaît

Je me rerouve seule

Le lieu est déserté

Sieste ou Pause ?

Ménage interrompu

Des habitués picorent ça et là les restse de la fête

M.Barrelle

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Lignes de fuite

Que te faut-il de plus pour écrire ? Tu as une feuille, des lignes pour te guider, une fleur de lys en forme de plume. Tu attends que Dieu te parle ou quoi ?

Laisse ta légèreté de côté, suis les lignes de fuite des grilles aux pointes dressées vers le ciel.

Peut-on se dire prisonnière quand on est poussé par le vent ?

Dans la nuit noire une lueur tel un esprit lointain parle encore à l’âme du royal prisonnier.

Et toi ne vois-tu pas la lumière de l’autre côté de la grille ?

Depuis l’automne les feuilles mortes se sont envolées et seule demeure cette touche dorée.

Au fait quel temps faisait-il à la mort de Louis XVI ?

Danielle et Fabrice

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Irish Fish

Je ne comprends rien dans tout ce brouhaha. Ah si, des bribes de mots parfois, mais je perçois surtout du bruit.

Si je ferme les yeux, c’est plus agréable. J’entends de la musique. La musique des mots.

Finalement, je me rends compte que je n’entends pas que de l’anglais mais plutôt un melting pot de langues vivantes, parlées à voix très haute comme si chacun des passants se croyait seul au monde.

J’hésite à me réfugier dans l’Irish pub mais l’odeur écoeurante de la bière me stoppe dès le pas de la porte. J’aime pourtant l’ambiance feutrée et les jeux de fléchettes de ces endroits. D’ailleurs, de là où je suis, je devine, dans la pénombre, la silhouette des joueurs et j’entends leurs éclats de rire. Mais cette odeur de bière, non vraiment, je ne peux pas.

Je fais demi-tour et décide de profiter de la douceur exceptionnelle du climat. Bien que nuageux, le temps est propice à la flânerie.

Tiens, où va-t-il cet homme au chapeau avec son étonnante malette noire qui a l’air de cacher un secret derrière sa manette coulissante. Qui est-il ? Est-ce un artisan ? Un arnaqueur ? Se rend-il au speakers’ corner du coin pour déclamer la fin du monde ? Ou bien, avec l’aide de son assistant, le poisson d’argent qui se balance discrètement dans sa main gauche, va-t-il exécuter un fish and show pour les enfants ?

Cet homme m’intrigue au plus haut point. Il n’a rien d’un touriste. Allez, je le suis.

Alexandra