Écrire en couleurs

 

Rouge d’abord pâle dans l’aube qui point et l’espoir qui se lève

Rouge écarlate ensuite comme les révoltes et les révolutions, pour le grand soir vers des jours meilleurs

Rouge sans nom comme l’aveuglement et la violence meurtrière, la barbarie indistincte et la haine

Rouge carmin enfin comme le sang de la répression et la paix des cimetières

Rouge comme une fissure dans la grisaille du quotidien

Rouge gai, c’est l’amour qui naît

Rouge rubis, c’est l’amour qui s’offre et qui s’engage

Rouge profond, c’est l’amour qui dure et qui se confond avec les battements fidèles de nos cœurs

Rouge comme une colère noire

Rouge comme une liste qui occulte les noms

Rouge comme le bonnet des contempteurs de verts

Rouge comme le sang bleu à la Bastille un soir de Révolution

Georges Waszkiel

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Allusion à l’illusion du…

Jus sucré, en coulis sur les charlottes, cueillies fraîches et dégustées dans la foulée, en confiture sans les grains, en sorbet ou en glace, clafoutis ou crumble associée à d’autres couleurs de saveur pour adoucir mon acidité, sur les joues pour allumer les teints blafards, en peinture sur les mûrs de la chambre de la gamine, je m’étale et me pavane comme étant la plus jolie des couleurs.

J’aurais pu être bleu roi, vert pomme ou rouge bordeaux mais non. J’ai décidé d’être la plus jolie des couleurs : framboise.

Virginie V.

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Je te salue du Montana, USA, où la place réservée à ma voiture me rappelle un peu trop le travail. Mais je note qu’ici les panneaux peuvent ne pas être normalisés mais afficher des couleurs chatoyantes, inventer des symboles fantaisistes et des expressions loufoques pourvu qu’ils soient immédiatement compréhensibles de l’automobiliste moyen. Vu de France, c’est de la négligence coupable insécurisante. Mais ici, c’est inventif et coloré, surprenant et expressif. Je n’aurais jamais pensé que la liberté puisse s’exprimer aussi à travers des panneaux de signalisation routière. On the road again, man…

Georges Waszkiel

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Bonjour Gilles !

Une petite pensée du sud de l’Italie où mon tour de botte se poursuit. Voici un feu d’artifices que j’ai naturellement pris en photo ce matin sur le marché du talon. Les pigments pétillent dans leurs sacs sous l’éclat du soleil brûlant. Cette image dépeint fidèlement ma vision d’un panaché de couleurs dans lequel j’ai envie de plonger.

Je sais vous manquer mais je reviendrai quand il sera temps. C’est-à-dire, pas maintenant.

P.S : n’oubliez pas d’arroser mes bambous et de faire mon ménage. Je compte sur vous.

Au plaisir.

Votre adorable et adorée voisine, Virginie

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Si l’orange n’existait pas…

Si l’orange n’existait pas, dis-moi pourquoi j’existerais ?

Sans son jus vitaminé C, sans son acidité, sans l’automne et ses arbres enflammés, sans mes pas crépitant sous les feuilles fraîchement tombées. Dis-moi pourquoi j’existerais ?

Si l’orange n’existait pas, dis-moi pourquoi j’existerais ?

Sans les lunettes d’Olivier, sans ma robette d’été, sans la peinture stimulante de ma cuisine, sans mes champignons encadrés de sa chaude luminosité.

Dis-moi pourquoi j’existerais ?

Si l’orange n’existait pas, dis-moi pourquoi j’existerais ?

Sans les levers de soleil, sans le fruit sucré de la liberté, sans le munster, sans le vieux pané.

Dis-moi pourquoi j’existerais ?

Virgine V.

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Jeune, je regarde une publicité où un abruti émerge de l’océan, une rose entre ses dents blanches, d’un blanc inhumain. Je ne veux pas de ce dentifrice. Maintenant, ce sont des jeunes qui s’éclaboussent sur une plage immaculée de l’océan atlantique, comme si la pollution n’existait pas, hurlant de joie, ruminants mastiquant un chewing-gum qui promet la fraicheur de vivre. Joie factice de la cocaïne dont ils se sont rempli les narines. Je ne veux pas de ce chewing-gum.

Le commercial de chez Darty me voyant scotché devant ce tube cathodique espère me le vendre à tempérament. « Appuyez fort, y a un carbone. » Je ne veux pas me salir les mains. Les dalles de moquettes du magasin me font penser à un océan où ce jeune vendeur marche tel Jésus sur l’eau. Caparaçonné dans son costume bon marché, gourmette et chaussure à gland, il joue la personne sûre d’elle-même, confiante en son potentiel de séduction. Mais il transpire la pacotille, s’adonne à une pâle imitation de mâle. Il ne trompe personne, sa simple existence m’est indigeste et la pitié qu’il m’inspire est plus forte que la compassion. La peau grasse, les pellicules qui chutent à chaque mouvement de la tête, ses mains moites, son haleine rance des mauvaises conserves ingérées. Je ne veux pas. Non ! Je ne veux pas de sa télévision, je ne veux pas de son monde, Je me fais l’effet d’un équilibriste sur le point de chuter dans la glauque existence des SS2I, RSI, RSA, URSSAF et tutti quanti…

Je vais lui donner un CERFA 1342, la sécurité sociale va le prendre en charge, éliminer l’acidité qui le ronge, liposucer sa peur de ne pas plaire à son patron, lobotomiser son envie de faire son chiffre, le libérer de son Macron maquereau.

Transformer le bleu acrylique du sol où il se meure pour le plonger dans le bleu océan où la transmutation peut s’opérer dans l’apnée, ne pas laisser les effluves des centres commerciaux éroder les quelques neurones qui crient liberté. Bleu ciel, bleu océan, blues…

Olivier Piel

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Penser couleurs

Vertement
Vert printemps
Vert pomme
Verte vallée
Vertissime
Vertu
Vert qui tue
Vertvue
Verte vue

Jaune soleil
Jonquille, pissenlit
A ne pas manger par les racines
Jaunie, photos anciennes, souvenirs
Jaune acide citronné

Rouge cerise, fraise, pomme
Fruit mûr
Rouge sang, sans vie
Rouge tomate chauffée au soleil,

j’attendrai la rosée pour te cueillir demain ; j’effleurerai tes feuilles

Orange
Orange, ta peau brillante parsemée de petits trous, boursoufflée
Un coup d’ongle et ça coule,
Ça colle entre les doigts
Et ça sent, chaud le soleil de la Méditerranée

M.B.

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Allusion filée

Du printemps à l’automne
Je suis là, fidèle
Et même en plein hiver
Quand le gel ne sévit pas !

Certains disent que je suis chaude
Sous la bise , certainement pas
D’autres disent que je suis douce
Parfois

Au cœur de l’œuf où je vis,
Je durcis à la chaleur

Les psy vous l’assurent,
Quand sur les dessins de vos chers bambins, j’irradie,
Ils vont très bien

Mais quand ils ont mangé trop de crème ou de chocolat,
C’est misère de les voir en pleine crise de foie,
Le teint pâle, gris, et ……. à la fois.

Je suis une couleur, qui suis-je ?

M.B.

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Souffleur de couleurs

Sur ma palette je pose
Des pigments au hasard

Sur la table une feuille
Où va couler la colle
En lacets, en tourbillons malhabiles

Et je souffle
Et je souffle

Ô magie !

Les couleurs se mêlent
Les couleurs ondulent
En fins filets de soie

Et je n’ai pas écrit,
Vite sur une autre carte
La colle serpentine trace :
« A toi, pour un jour »

Et le vert vient fixer ces mots si vite écrits

M.B.

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Rouge et bleu.

Bleu ils t’ont traité à ton arrivée, tu n’y connaissais rien, tu avais peur, ils se sont moqués.
Bleu on t’a habillé, il paraît que c’était mieux ; ceux qui avaient des pantalons rouges y sont restés.
Bleu horizon, parfois l’horizon était bleu, bleu nuit quand tu veillais dans la tranchée ; gris trop souvent.
Bleu de trouille sous le bombardement.
Bleu à ton âme d’enfant dans la mort, la puanteur, la faim, les poux, la boue, la crasse, le pire.
Bleu des yeux de ta mère que tu appelais la nuit, sans dormir.
Bleu des yeux de l’amie que tu aurais voulu avoir, que tu ne connaîtras jamais.
Bleu enfin le ciel, en ce printemps 1916, quand on t’a lancé dans les barbelés, baïonnette pointée.

Rouge le sang qui coule et tache ta capote bleue.

Pierre B.

 

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Cinq couleurs

Noir

Noir, noir, noir.
Les trois filles sont toutes de noir, côte à côte ; en face nous avons des couleurs, nos couleurs.
Est-ce un code ?

Vert

Le vert des yeux de …
La couleur tout le monde comprend quand on en parle,
mais elle ne dit pas l’émotion qu’on y aperçoit, ni l’humeur du regard.
Après tout, les miens aussi sont verts.

Bleu

Quel hiver !
Grisaille, pluie ; sans cesse enfermé.
Le signal attendu, ce serait le bleu du ciel au matin,
et bien couvert, pouvoir chausser les baskets, ou même ressortir le vélo…

Arc-en-ciel

Ce ne sont pas les couleurs qui comptent,
mais, vu de la chambre d’hôtel, cet arc complet
c’était la perspective d’une belle journée.
Couleurs trompeuses, derrière, un ciel noir
et une journée gâchée.

Rouge.

Dernière lumière au soir,
rassurante, énervante, agaçante pendant l’insomnie ;
torturante au matin.
Je déteste l’indispensable lueur rouge du réveil qui veille.

Pierre B.

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