Gourmande, l’ écriture!

Assaisonne-moi la biscotte. Braise moi, brasse moi, j’aime le goût de la bière qui chuchote à mon oreille. Cancoillotte-moi le ventre, j’ai un manque de café dans l’œsophage. Il faudrait que tu penses à ranger ton cartable. DÉPOSE-MOI/DÉPLOIE-MOI. Au fond de ma gorge, un chat camisole me tartine la paroi.
Époussette la fenêtre y’a un escargot qui s’écosse le nombril sur notre vie mal-arrangée. Je vais te fouetter la chantilly, faire de ton lit un four à pain, je te le dis t’es dans le pétrin. Deux gaufres s’il vous plait. Moi, hypocrite ! Mais tu t’es vu, t’es pathétique. Le père noël a la colique, [colchique dans les près] et à te voir il s’impatiente, prévoit noël au mois d’avril. Il est dans l’jus, perd sa cervelle, prend sa chaussette pour une gazelle. J’te jure j’vois jaune rien qu’à t’entendre. Pourvu qu’on soit au mois décembre, au moins là-bas y’a du kawa, du jus d’chaussette pour me faire tendre. DESTRESSE MOI LE GENOU, j’ai un lapin sous la semelle, il faudrait pas qu’il s’évapore, qu’il me marmite mon repas, qu’il fasse un nid sous mon aisselle. Je sais, ce ne sont pas mes oignons, mais tu ne crois pas que tu devrais changer de pantalon. Pâté en croute, mémoire en zeste, j’aime te voir, je te déteste. Petit déjeunons, on y verra plus clair. Il fait nuit au Québec ? Tu crois en Dieu ? Oui, ça m’inquiète. Je me dissèque la cuisine à te voir courir en rond et si tu prends la robe des champs/la robe de chambre/la clé des champs, je te préviens ; j’en ai assez soupé de toi, je change les serrures. Adieu ma salade [tu me mâches le travail]. Plus de thé à la menthe, de je t’aime, je t’aimante, ustensile-moi le langage, fais-moi dire viande de bois, friandise, vin, Venise. Promets moi des weekends, du xérès par wagon, y’a plus rien qui m’attache, ma casserole elle te, plaque de cuisson.
Mon yaourt à la vanille, malgré la chaleur tournante entre nous, je dois te dire que zan peux plus. Le thermostat est à zéro, reprends ton zèbre et le frigo.

CASCENDRE
16/12/12

« Arrêt sur plaisir : Le jour du Rougail »

« Les enfants, ça cuit le riz! » tel était la devise de papa.

Depuis notre arrivé à La Réunion, il s’essayait à la cuisine créole, et les
frangines étions ses gouteuses de carry en tout genre : carry poulet, rougail la
morue, carry béchique et carry boucané, rougail de brédes et même le très drôle
rougail Dakatine.
Les réunionnais invités à notre table s’amusaient souvent de ses tentatives, mais
relevaient les progrès de ce zoreil s’efforçant de s’intégrer dans son île
d’adoption.
Tous les jours, le riz était lavé, plusieurs fois, avant d’être simplement dosé dans
l’autocuiseur.
Je m’attardais souvent dans la cuisine même après avoir accomplie ma tache, et de
curiosité, j’observais mon père essayer de transformer ces dons en cuisine
traditionnelle.
En tant qu’ainée, j’attendais le jour où je ne serai plus seulement observatrice
mais aussi exploratrice de saveur et de texture (j’étais peut-être aussi simplement
la seule intéressée par cette science, parmi les quatre)
Un jour, de mes 12 ans, la proposition arriva : « Tu fais le rougail saucisse? »
La fierté m’envahit : toutes les idées et suggestions que je plaçais dans ce plat,
un de mes préférés de la gastronomie réunionnaise.
Je dois avouer que la réalisation ne fut pas aussi plaisante que je l’avais imaginé,
tant mon père éssayait de me conseiller sur toutes les découvertes empiriques qu’il
avait pu faire au sujet de ce fameux plat.

La transmission d’une recherche. J’étais initié.

Lëa

Dimanche soir c’est cafard….

C’est là, ici,j’y suis, c’est bon, c’est doux et c’est dimanche.
Cette maison lourde de souvenirs, de chaleur et de sens……

Comme chaque dimanche soir avec les cousins d’à côté, on mange des crêpes!
Pas n’importe lesquelles, façon crêpes party. Et c’est partit!!
Ca fûme, c’est chaud, maman pose le saladier de pâte à crêpe onctueuse qui ouvre l’appétit et l’imagination.
Face à l’appareil à multiples reliefs, chacun sa place, chacun sa création pour régaler les papilles.Sucrées ou salées; Jambon qui grille, herbes de Provence, pâte
versée, c’est bientôt prêt. Champignons sautés, fromage fondant, double pâte version
burger à plusieurs étages, tout est permis, c’est la folie!!
Sous une pluie de bruits ressemblant à des discussions d’enfants, les yeux brillants, on
enchaîne sur les sucrées.
Les dimanches d’hivers dans la cuisine, tout de suite à gauche en entrant, les dimanches d’été sous le marronniers. Mmmmmm comme je les aimais ces dimanches de cafard qui se dissipait devant ça Cartoon à la télé. Blottie entre mes cousines, ma sœur, mes frères, mes cousins, mes amis, on etait les « Rebelles du cafard des dimanches soir! »

Marianne

Crottins d’avant !

Plaisir des vacances dans la Nièvre chez la grand-mère paternelle ; un mois loin de Paris ; le tas de sable, le vélo qu’on devait se prêter ; les timides tentatives de cultures maraîchères pour des radis en fils et des carottes en fils aussi, qui ne sont d’ailleurs jamais arrivés dans nos assiettes.

Menu classique pour enfants : tomates d’été, pâtes, haricots verts du voisin, jambon, poulet ; mais la gourmandise là-bas c’était le crottin de Chavignol que nous pouvions manger à volonté ; des blancs, des gris et même des rouges bien secs. Plaisir de les attaquer par un petit quart d’abord, puis un deuxième, puis… Bien sûr il fallait manger du pain « mange du pain avec ton fromage » mais ce pain du jour ‘passait bien aussi’.

Ce qui nous plaisait bien aussi c’était l’expédition pour aller les chercher ces fromages ; il y avait un rituel : la grand-mère ouvrait le portail et on se groupait sur le trottoir, elle nous donnait le feu vert pour traverser la N7 ; à l’époque on disait qu’il y avait beaucoup de circulation. Sur l’autre trottoir on cavalait jusqu’à l’épicerie, enseigne Nicolas, chez Mme Heurtaut je me souviens. Avec la monnaie on pouvait peut-être acheter Malabars ou Carambars et on revenait en marchant moins vite, en suçant les bonbons avec cette grosse barre de six fromages dans le papier d’alu, la grand-mère nous attendait, surveillait et nous appelait au bon moment. On refermait le portail ; à table !

Des crottins j’en remange parfois, produit de luxe maintenant. Je suis retourné dans le village : la maison familiale a été vendue depuis longtemps, l’épicerie est devenue agence d’assurances ; la N7 a été déviée, il n’y a plus de circulation.
Ce nom de ‘crottin’ amuse toujours autant ceux qui n’y avaient jamais goûté !

Pierre B.

ABCdère culinaire

Amandes, aimer, adorer *– abondance
Beurre – brandade, Bocuse
Confiture, carottes – Couscous, canard laqué, croûton
Dinde – daube, délicieux, doré, dattes
Endives (braisées) – épices, escargot, escalope, excès
Framboises – fricadelles, flammenküch, fourchette, fumé
Gnocchi de semoule, gougères – gorgonzola, gaspacho
Haricots verts, huîtres – huche, homard
Iles flottantes – ingrédients, igname
Jardin – jarret, jardinière, jicama, jatte
Kiwi – kouglof, knoedel, kebab
Lapin civet, lait caillé – limande, langouste, lucullus
Maman – moutarde, mitonner
Noix (putica) – navarin, nougat
Oeufs – omelette, orge, ortie, olive
Poireaux, pommes de terre, pissenlits – pizza, pâté, porto, pimenté
Quiche – quenelles
Radis – rissoles, râble, rollmops, rognons, riz
Soupe – sole, spaghettis, sauce, spatule, sirop
Tarama, tarte – thé, tablier, tajin, torchon, tapenade, tapas
U – unilatéral, uniforme,ustensile
Vinaigrette – vol au vent, veau, vaisselle, velouté, vin
Wok – Wiener Schnitzel, whisky, wasabi, worcester
Xérès – Xo
Yaourts – yorkshire pudding
Zelen (cépage rare de Slovénie) – zeste, zèbre

*Les mots des autres

Liaisons gustatives

Il adore les amandes en abondance dans le beurre plein de brandade. Ou les carottes cachées dans le couscous et la confiture. Elle préfère les délicieuses dattes dorées en daube aux darnes de dinde, et ceci malgré les escalopes excessivement épicées, les fricadelles et la flammenkuche où sa fourchette fume. Le fumet des gnocchis et du gorgonzola gâche celui du gaspacho et des gougères. Une grande huche d’huîtres surmontée d’un homard. Ingrédients (divers) pour îles flottantes. Du jardin, jardinière accompagnant un jarret de veau dans une jatte de kiwis. Langouste, limande et lait caillé mitonné.Nougat, œufs en meurette pimentés. Quiche et riz en sauce. Tajin et tapas à l’unilatéral. Vinaigrette au wasabi. Xérès dans yaourt et zeste jaune.

Arrêt sur plaisir : un plat

Les gnocchis de pomme de terre de maman
Dans la cuisine, grande et carrée, la table en formica d’un vert foncé tacheté de noir, a déplié ses rallonges au-dessus des pieds coniques chromés, elle est recouverte en partie d’une couche de farine. C’est jour de gnocchis ; le bus a déposé Francka, l’amie de toujours des parents à l’arrêt tout proche sur le boulevard. Elle vient aider et restera déjeuner avec notre tablée, comme souvent. Les pommes de terre cuisent depuis un moment dans le grand faitout en aluminium, des qui s’écrasent facilement pour confectionner la purée, base des gnocchis. Un chinois, en métal foncé et son pilon en bois conique attendent les pommes de terre, déjà bien fendues, pour écraser leur pulpe qu’on renverse sur la table, encore toute chaude, aïe ça brûle le bout des doigts. Maman y casse des oeufs, ajoute de la farine ; Francka et elle roulent des boudins de pâte, tchac, tchac, tchac, les couteaux découpent des petits tronçons jetés dans l’eau bouillante. Vite, vite, il faut défariner la table, mettre le couvert. Dans une petite casserole il y a du beurre qui fond (et quelquefois brûle…) et qui crépite, maman y jette de la chapelure (du pain rassis écrasée au rouleau à pâtisserie), ça grésille et met l’eau à la bouche.
Francka surveille de près la cuisson et retire les gnocckis à l’écumoire, il faut les déguster chauds et dégoulinants de beurre fondu et de chapelure. Je crois que ma sœur et moi nous y ajoutions du sucre cristallisé. Et puis les gnocchis restant étaient mangés plus tard après avoir été grillés à la poële.

Franz

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