Écrire en temps de confinement

Haïkus pour mes petites-filles confinées

T’as de beaux yeux tu sais !

Petite-fille à la fois douce et rebelle

Emma,

Grande sœur bienveillante

Et si belle

Un, deux, trois soleil !

Trois ans pour cette merveille

Soline,

Petite sœur espiègle

Et si coquine

La plus jeune séduit

La plus grande s’épanouit

Emma, Soline,

Deux fleurs des champs dans la prairie

Adorables petites-filles

De la couleur et de l’ardeur

Dans la vie

De Papi et Mamie

Pour leur plus grand bonheur !

Loin des yeux, éloignés

mais encore plus près du cœur

Oui confinés

Mais non résignés

Rosy Gérardin

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Ici et maintenant pendant le confinement

Ici et maintenant

Par la fenêtre ouverte

Je vois les allées et venues d’un couple de pies.

Elles survolent mon jardin, brindilles en bec

En vue de construire un nid pour leurs petits.

Ici et maintenant

Par la fenêtre ouverte

j’entends le sifflement aigu des merles

le roucoulement rauque des tourterelles

Et le jacassement strident des pies affairées à leur nid.

Ici et maintenant

Par la fenêtre ouverte

Je sens le parfum des roses écloses et du lilas à peine flétri

L’odeur de la rosée du matin, la délicatesse des clochettes du muguet

La puissance des feuilles du figuier

La fragilité des branches malingres de l’amandier.

Ici et maintenant

Par la fenêtre ouverte

Je touche le regard de l’inconnue masquée passant devant chez moi

L’expression de ses yeux me dit « bonjour, comment ça va ? »

Je lui souris.

Ici et maintenant

Par la fenêtre ouverte

Je sens le goût de la liberté d’avant

Des joies de l’insouciance

J’ai envie de nouveau d’avoir envie.

Ici et maintenant

Par la fenêtre ouverte

Je ressens la beauté de la nature

l’oubli de son respect, le pardon qu’on lui doit

Et la folle espérance de lui redonner tous ses droits

Rosy Gérardin

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Une courte histoire au temps du confinement

Il prend la liste de courses que lui remet sa femme, vérifie que le gel hydro-alcoolique est dans son sac, met sans certitude son masque fabriqué maison puisqu’aussi bien on en trouve nulle part. La buée envahit instantanément ses lunettes ; ça commence mal. Il sèche ses lunettes, remonte le masque au-dessus de son nez, remet ses lunettes par-dessus. Toute l’opération lui a bien pris dix minutes. Faut-il qu’il remplisse une nouvelle attestation ? Il décide que non.

A l’abri dans l’enceinte du jardin, il attend que les voix s’éloignent. Alors seulement il ouvre le portail donnant sur la rue, jette un coup d’œil furtif à gauche et à droite et sort. La rue est dégagée, une mère trottine à côté de son fils qui pédale de toutes ses forces sur son petit vélo, mais loin, quasiment à l’angle du boulevard. Le chat blanc aux oreilles rondes traverse comme à son habitude la pelouse de l’immeuble d’en face. Les arbres en fleurs exhalent une légère odeur de miel, le ciel est d’un bleu cassant. Cela fait trois semaines qu’il n’a pas mis le nez dehors et il est presque surpris de retrouver le monde inchangé. A force d’avaler de l’information en continu du matin au soir, d’entendre parler du courageux combat des soignants, il avait fini par s’imaginer en état de siège. L’ennemi, embusqué, invisible mais mortel.

Le break familial démarre au quart de tour, réservoir plein, exactement comme lorsqu’il l’a laissé avant de se cloîtrer chez lui. Il enfile les rues désertes, pas une voiture, pas un piéton ; c’est le même monde mais vide. Un monde post apocalyptique ou alors de 15 août.

Le parking de l’Intermarché est plein, il renonce à s’arrêter et file au Leclerc Bio. Deux voitures sont garées devant, ça va. Il descend, ajuste son masque et entre. Il a trouvé tout le frais, les légumes… magnifiques, les produits d’entretien ; par contre pour le coca, il repassera. Ce n’est pas ce genre de crèmerie. Il sort sa carte, l’insère seul dans la machine. Problème, il doit prendre le ticket que lui tend la caissière, cachée derrière sa visière. Elle le regarde droit dans les yeux et là, tout à coup, avec un vrai sourire, elle lui effleure la main. Il salue, ramasse à la hâte ses courses, se précipite sur le parking comme s’il avait le diable aux trousses. C’est le cas d’ailleurs, cette fille c’est le diable. Il est certain qu’elle l’a touché délibérément. Il fourre ses courses dans le coffre et se jette sur le gel. Une énorme giclée, la moitié de la bouteille y passe. Il se lave les mains, une fois, deux fois. Il lave aussi sa clé de voiture tant qu’il y est. Et se relave les mains.

Il rentre chez lui le cœur battant. Sa femme range les courses tandis que lui se précipite sur l’évier pour se laver les mains au savon de Marseille. Dos des mains, paumes des mains, les doigts, entre les doigts, les ongles, les poignets, plus haut, jusqu’aux coudes. L’eau est brûlante, tant mieux. Il arrache ses vêtements et se précipite sous la douche. Il frotte, il frotte, il frotte. Il a sûrement vidé le réservoir qui alimente Montchapet, tout ce qu’il reproche d’habitude à sa fille. Il dîne avec sa femme, avec parcimonie. Il n’est pas prêt à refaire des courses de sitôt. C’est dingue tout ce qu’elle engloutit. Ils se couchent sans s’embrasser.

Allongé, il repense à la femme du marché bio. Son geste fou tourne en boucle dans sa tête. Il ne comprend pas, ne parvient pas à se l’expliquer. Ses mains le brûlent, il sent cette saleté de virus qui cavale sur sa peau. C’est insupportable. Il se relève et va aux toilettes, ça lui donnera un prétexte en or pour se relaver les mains. Il se recouche, il se sent de plus en plus mal. Il se relève et s’entend pousser un cri affreux. Il entend les sirènes. Il est dans l’ambulance, sa femme à côté de lui. Les ambulanciers, masqués, le poussent à toute vitesse sur un charriot, il voit défiler les néons au plafond avant de sombrer dans l’inconscience.

Le médecin lui parle, elle l’entend à peine, sous le choc. C’est allé tellement vite ! « Madame, votre mari a eu beaucoup de chance, si l’artère avait été touchée nous n’aurions rien pu faire. Par contre, nous n’avons pas pu sauver les 4 doigts de sa main droite. »

Christine

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Dans ma bibliothèque il y a ….

« Les Essais » de Montaigne. J’aime particulièrement car l’auteur s’adresse directement au lecteur avec beaucoup d’humilité sur les questions existentielles et philosophiques du « qui suis-je ? » et du « que sais-je ? ». Mais aussi parce que je dois à cet auteur, pour ma plus grande fierté et l’unique fois de mon parcours scolaire, la note de 20/20 à une dissertation de français en classe de seconde, consistant en la rédaction d’une lettre dans le style du langage et de la pensée de Montaigne. D’où l’étonnement de mes camarades d’alors mais surtout les félicitations de ma professeure de français de l’époque laquelle souligna à toute la classe qu’injustement, avoir 20/20 à un devoir de mathématiques paraissait normal à tous alors que cette même note semblait inaccessible en littérature.   « Et pourquoi pas ? » avait-elle conclu. Quelle revanche pour moi sur les maths qu’alors j’exécrais. Ce fut mon heure de gloire.

« Les Misérables » de Victor Hugo. Il m’importe que la misère et l’indigence, si souvent ignorées et bafouées, soient mises en lumière au travers des époques par le biais de la littérature. Parce que je sais que dans ma ville, dans mon quartier, dans ma rue, il y a encore, certes avec les codes sociétaux actuels, un Jean Valgeant, une Fantine, une Cosette, un Gavroche…….

« Revenu des ténèbres » de Kouamé. Les récits bouleversants et effroyables des migrants cherchant à atteindre l’Europe coûte que coûte nous bousculent et surtout nous disent combien lutter pour la préservation des droits de l’homme est essentiel.

« Je mourrai une autre fois » d’Isabelle Alonso. J’apprécie l’hymne à la liberté qui se dégage de ce livre alors que le contexte est celui de la guerre civile espagnole. Mais par dessus-tout le titre à lui tout seul me ravit car il implique cette même liberté dans le choix du moment pour mourir ou non. Avoir l’occasion de dire que l’on mourra une autre fois me semble empli d’humour, d’espoir et d’optimisme.

« Le liseur du 6h27 » de Jean-Paul Didierlaurent. L’idée qu’un amoureux des livres se permette de faire à voix haute la lecture quotidienne aux passagers du RER du 6h27, pendant le trajet les menant au travail, me semble tout à fait géniale. Que cela soit apprécié du liseur comme des passagers me paraît correspondre à une communion humaine remarquable autour du livre.

« Le livre de cuisine pour les filles qui n’ont pas appris grand- chose avec leur mère » de Nicole Seeman. Il est des livres tout simples qui mettent fin à des complexes d’infériorité qui ont l’art de vous poursuivre. Parce qu’on ne m’a jamais vraiment appris à cuisiner, parce que j’étais toujours épatée par les plats concoctés par les autres, parce que ma belle-mère était un fin cordon bleu et qu’il fallait penser à l’inviter alors que je ne me sentais pas à la hauteur, ce livre m’a permis d’oser cuisiner. Et maintenant avec l’âge et l’expérience, je maîtrise plutôt bien. Merci Nicole.

« Une gourmandise » de Muriel Barbery. Il m’apparaît phénoménal qu’un livre puisse nous inviter grâce à la mémoire gustative et olfactive à revisiter les plats de notre enfance, les odeurs, les saveurs, les fumets ainsi que les potagers que l’on a connus, admirés ou cultivés.

« La délicatesse » de David Foenkinos. Poésie et ivresse dans la délicatesse qui caractérise la relation entre Markus et Nathalie. Ce livre est comme une caresse douce et bienveillante.

« Au petit bonheur la chance » d’Aurélie Valognes. Une écriture légère et enjouée. Des portraits de multiples personnages très authentiques. Une relation petit-fils / grand-mère très touchante. Tout cela enrobé dans de truculentes expressions populaires. Le cocktail est réussi.

« Balzac et la petite tailleuse chinoise » de Daï Sijie. Comment le fait de lire, en cachette, peut permettre transformer la vie de personnes vivant sous des régimes politiques répressifs et ainsi de ne pas sombrer.

«  Les Fables de La Fontaine ». Quel talent que de se servir d’animaux pour instruire les hommes au niveau de la moralité ! En confinement lire celle de « l’ours et l’amateur de jardins ».

« …. ou tu porteras mon deuil » de Dominique Lapierre et Larry Collins. Ou quand un livre qui fait le portrait de l’Espagne de la période de la guerre civile aux lendemains de la dictature Franquiste me donne la furieuse envie d’écrire un roman sur la vie insolite de mes parents, père et mère andalous, lesquels ont traversé cette effroyable épopée de la guerre civile espagnole.

Dans ma bibliothèque, un jour peut-être, il y aura ce roman dont je serai l’auteure. J’en rêve…

Rosy

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