Des(ordres) amour(eux)

Atelier en lien avec le festival clameur(s) : http://clameurs.dijon.fr/.

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Quand tu aimes, il faut savoir regarder

Se laisser séduire par une silhouette gracieuse

Qu’un rayon taquin souligne avec complaisance

Contempler les galbes parfaits et les courbes radieuses

Admirer une chevelure lumineuse

Qui allument le feu de ton désir

Quand tu aimes, il faut savoir écouter

Des talons qui claquent ou un pas léger

Le froissement d’une étoffe et les soupirs retenus

Qui attisent ton impatience

Quand tu aimes, il faut savoir sentir

Les parfums enivrants de la passion qui naît

Les fragrances délicates de ton unique maîtresse

Qui enflamment tes sens

Quand tu aimes, il faut savoir toucher

La grâce des instants présents

Et caresser le corps de ton amante

Oser la tendresse d’un baiser

Qui alimentent ton amour

Quand tu aimes, il faut savoir savourer

La douce félicité d’une vie promise à deux

Le bonheur simple d’un corps et d’une âme aimés

La sensualité moite des plaisirs charnels

Qui te rassasient enfin

Sans jamais tarir la source de ton amour

Georges Waszkiel

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Pour la énième fois, Alain froissa la feuille sur laquelle il planchait depuis deux heures et avec un grand soupir de lassitude l’envoya rejoindre la corbeille déjà débordante de boules de papier froissé.

Pourtant il devait écrire cette lettre et déclarer sa flamme à Annette sa collègue de travail pour qui il éprouvait secrètement des sentiments amoureux profonds mais encore inavoués. Chaque jour Alain croisait Annette dans les couloirs de l’agence bancaire où tous deux travaillaient. Régulièrement ils se transféraient des informations professionnelles, géraient quelques dossiers de clients communs, s’appelaient par téléphone d’un bureau à l’autre pour échanger sur des problématiques similaires et parfois même se retrouvaient avec d’autres lors de la pause café.

Alain aimait particulièrement le blond vénitien de la chevelure d’Annette et ses mains blanches finement manucurées. Mais ce qu’il préférait par dessus-tout c’étaient ses jambes et l’élégance de leur galbe. Toute la grâce féminine sur pieds.

Annette, elle, semblait peu se préoccuper de l’existence d’Alain et paraissait totalement l’ignorer. Ce dernier pourtant, convaincu d’agir avec discrétion, la mangeait du regard, s’enivrait de son parfum lorsqu’il la croisait, bafouillait dès lors qu’il devait répondre à l’une de ses interrogations. Bref, il rêvait d’elle chaque nuit mais sans doute tout éveillé car il avait perdu le sommeil.

Cela ne pouvait plus durer. Il allait donc lui déclarer sa flamme par écrit, ce serait moins dur :

« Annette » non, c’était trop plat se dit-il. « Chère Annette » non plus car pas assez chaleureux. Ou plutôt « Très chère Annette » c’était un peu pompeux. Autant d’hésitations dans la formulation que de boules de papier dans la corbeille et finalement il écrivit :

« Ma chère Annette,

Je me sens tout bête à vous adresser cette quête mais après de vaines pirouettes

Il faut que je vous remette les sentiments qui reflètent le désarroi qui me guette

Si je ne vous déclare pas mon amourette car sachez que je suis fou de vous Annette

Je vous attends demain soir au café de  « la  roucoulette », ce serait chouette en tête à tête

De prendre un café avec des chouquettes, puis je vous invite à venir sous ma couette

On y ferait quelques galipettes si d’accord vous l’êtes. Peut-être fais-je là une boulette

Mais sachez que vous avez mis mon cœur en miettes tant vous me faîtes tourner la tête. »

Signé : « celui que vous reconnaîtrez derrière cette devinette »

De peur de se ressaisir Alain partit aussitôt glisser sa lettre dans la boîte aux lettres d’Annette.

Le lendemain, en arrivant à l’agence, Alain trouva sur son bureau une enveloppe contenant ces quelques mots : « Enfin !!! A demain mon cher Alain ! »

Rosy

 

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Cadavresquis à partir d’extraits de « L’éveil» de Line Papin

« C’était en août, le soir, sous la chaleur des orages, dans ce grand jardin surplombant un fleuve rouge large de lotus ; je ne connaissais personne et me tenais sagement accoudée au comptoir, un verre à la main, ou contre un mur, adossée, je me contentais de sourire. »

J’attendais que cet homme, que je voyais à l’autre bout de la pièce en affectant de l’ignorer, lui qui me dévorait des yeux, m’invite à danser.

Je sentais sa transpiration et laissais vagabonder mon esprit.

Tandis qu’il vagabondait, je repensais à ses courbes : ses seins, la courbe de ses hanches et mes pensées descendaient jusqu’à ses jambes.

Ça allait, car j’avais débuté par les pieds mais l’ascension serait lente tant mes envies étaient à mesurer.

Je voulais mesurer mon pouvoir de séduction en montrant ma belle dentition.

C’est à ce moment-là qu’il est apparu, il était très séduisant.

Bon sang, mais qu’est-ce qui me prend ? Ce n’est pourtant pas mon genre de tomber dans les bras du premier venu ! Mais il est un long temps que j’ai perdu ma vertu.

Enfin, quel bonheur encore.

Encore, je revenais à ce bal pour chercher de nouveaux amants.

« Elle est revenue chaque soir ensuite. Elle venait vers une heure ou deux, me disait bonsoir et commandait à boire en attendant la fin de mon service. Les premiers jours, elle venait accompagnée de ses amis ; puis elle a fini par venir seule. »

Là, j’ai eu peur. Je ne savais plus quoi lui dire sinon que son manège, ce n’était plus possible. Merde, on n’est pas des collégiens. Parfois, elle m’attendait à la sortie de l’établissement. Elle s’élançait vers moi et bras-dessus bras-dessous, on se dirigeait vers le bordel le plus proche. Là, elle faisait son tapin pour quelques euros. Je me suis senti très seul durant ces périodes. Que voulait-t-elle cette beauté anonyme, à moi, le garçon de café ? Et elle, sans vergogne insistait : « comme je l’ai maté, envié, rêvé qu’il me dégrafe le corsage, me morde, me griffe avant de me caresser pour me pénétrer. Ce fût exquis ». Son habitude fût bientôt prise. Sans moi.

« Je le revois tous les jours, ne m’en cache plus, découche volontiers, et ils savent maintenant autour, que la petite a une liaison. »

Ils lui jettent des regards en coin, parlent dès qu’elle a le dos tourné.

Je me construis une belle réputation mais peu importe je l’aime.

Je l’aime comme une jeune pucelle qui veut être déflorée. Désormais, j’oserai tout sans gêne et sans pudeur.

De toute façon, ils peuvent bien penser ce qu’ils veulent ces abrutis !

Ils nous matent, nous matraquent de leurs regards obscènes et nous filment lors de nos ébats amoureux, et ils vendent les films.

Tout le monde sait et personne ne m’en parle comme si cette liaison était honteuse.

Mais pour rien au monde, elle ne pouvait s’empêcher d’aimer.

Mais finalement à quoi bon ?

« Il ne dit plus rien, mais ouvre les yeux d’un coup, et me regarde. Je suis nue devant lui comme je ne l’ai été devant personne, décoiffée, démaquillée, dénudée, complètement. »

Je n’ai l’air de rien mais je me sens bien. Plus il ouvre les yeux et plus je ferme les miens

Les miens ne pourraient imaginer que je me comporte comme…

Comme Cette situation était ambigüe ! Je ne savais plus où me mettre et là…

Et là c’est comme si je n’existais plus, je fonds littéralement sous son regard, je ne suis plus qu’une simple flaque d’eau

Une simple flaque d’eau qui s’agrandit sur le lino gouttant de ma pilosité pubienne

Ma pilosité pubienne je n’aime pas ça. Mais passé ce moment de gêne, je sens mon corps s’enflammer de désir et c’est humide et offerte que je commence à le caresser

A le caresser, à l’embrasser amoureusement quand je me suis endormi

Je me suis endormie et me suis réveillée le lendemain matin ou soir, je ne sais plus. Pas de numéro

Pas de numéro et c’est sans fard et sans distinction, c’est ainsi qu’il me veut et que je me livre à lui.

« Avant de s’endormir, elle miaule un peu contre mon torse, respire fort, murmure n’importe quoi, en anglais même parfois. »

Elle a alors la face écrasée contre moi, on dirait un chat persan. Je l’aime laide, je l’aime défigurée comme ça : c’est à ce moment-là que je l’ai entière.

Pourtant, elle ronfle, et ça me saoule, je l’aime quand elle est comme ça le moins elle-même c’est ainsi. Son sommeil est lourd, profond et je fais en sorte que nos deux respirations soient simultanées à l’unisson de notre union fougueuse, son haleine âcre me donne envie de régurgiter mon caviar matinal, ma confiture, mon chocolat, mon champagne…

Puis, elle s’endort sur moi, apaisée et sereine et je la regarde encore, dans l’abandon du sommeil et ne je peux m’empêcher de continuer à la trouver belle sans ses vêtements usées et délavés…

Alors je les passe à la machine, elle et son odeur de chatte négligée, je paraissais mais c’est ainsi que je l’aimais, et je le savais c’est une salope.

« Son odeur, il faudrait dire aussi, que j’emporte chez moi, que je finissais par avoir en moi. Et aujourd’hui encore, il m’arrive parfois, dans la journée, sans même être avec lui, d’en sentir les effluves. Parfois j’ai l’impression de l’avoir sous la peau. »

C’est la première fois que je ressens cela. C’est agréable….

Enfin, jusqu’à un certain point !

Là c’était trop !

De l’eau, il me faut de l’eau, du savon, une pierre ponce, comme des épines.

Mais des épines agréables comme le souvenir irritant de moments délicieux, à jamais perdus dans ma mémoire. Je le cherche encore dans le corps des autres.

J’entrais langoureusement en lui et l’embrassais avidement.

Lèvres entrouvertes, je le léchais, exploitant chaque centimètre de son corps avec ma langue.

J’écumais, perlais rien qu’à l’évocation de ce parfum.

Parfum de supermarché qui me colle à la peau….

Telle la moule sur son rocher.

J’ai renoncé à le quitter.

« Au début, il lisait et il levait la tête vers moi, me souriait, s’assurait que je suivais. il me demandait si je comprenais, ce à quoi je répondais que je n’étais pas idiote, alors il me rassurait, disant qu’il doutait non de ma capacité à comprendre mais de la sienne à énoncer. On riait encore entre deux pages… »
Puis il reprenait la lecture, me souriait encore, son regard me brûlait…
Je lui soumis un livre d’Anaïs Nim, pour l’appâter par un verbe luxuriant,…
Avec de mots que j’invente, afin qu’il tombe à genoux…
Et dans cette position, notre jeu de séduction s’amplifiait et je sentais le désir monter en moi…
Je me rapprochais de lui et l’embrassais goulûment…
Avant d’arracher les boutons de sa chemise en un seul geste.il me serait et en même temps que son coeur, je sentais son sexe battre contre moi…
Et alors on riait car de ce combat, on gagnerait tous deux…
Tous deux à la lueur de la bougie, étions simplement heureux comme des enfants…
Mais soudain, quelque chose a changea dans son comportement…
Il n’y avait plus qu’à refermer le livre de notre histoire…

« Au réveil, le lendemain, il n’était plus là. Je me levais dans une pièce inconnue, si vierge que je la soupçonnais de n’être qu’une chambre d’appoint inhabitée. » Soudain, plus rien de la nuit d’hier ne m’étais agréable. Je soupçonnais un Don juan dans son habit de paillettes, il était ridicule.

Comment ai-je pu me laisser séduire par un homme aussi lamentable ? J’aurais voulu être ailleurs, dans une autre vie

Où rien n’existait plus.

Alors, j’ai fermé ma valise et je l’ai planté là, tout seul, comme un con

Alors que la nuit avait été torride

Comment avions nous pu nous détacher l’un de l’autre sans que je ne m’en aperçoive ?

J’avais probablement été droguée au GHB……..

Cela avait du arriver au restaurant, je ne me suis aperçu de rien !!!!

Mes vêtements avaient disparus…

Et ma mémoire me faisait défaut !!!!Ni son visage ni sa queue ne me revenait à l’esprit.

« Je ne comprends pas bien comment elle m’a leurrée. C’était il y à cinq ans.

Elle m’ a ouvert ses bras, y a fait miroiter ses paysages gris, gothiques, et je

m’y suis ruée. Elle a promis de me protéger, de m’aimer. »

De m’aimer toute sa vie, mais elle m’a trahie pour cette autre femme sans que je

détecte la fin de notre amour, et je l’ai perdue sans savoir pourquoi. Pas plus que moi

qui me retrouve sans elle. J’ai pris du temps pour moi, et je me suis consacrée à des

plaisirs en solitaire. Je ne voulais plus croire en rien. Elle seule m’intéressait, sa présence

m’envoûtait, la différence d’âge n’existait pas. Pourtant, il y avait des signes qui auraient

dû me mettre en garde, mais je n’ai rien vu. Je me suis trompée tout simplement.

Georges, Rosy, Virginie, Anne-Marie, Anne, Fabrice, Olivier, Olivier