Conte-moi quelque chose

Pourquoi l’espace semble vide ?

Dans les temps anciens, le ciel semble si bas que les premiers humains avaient l’impression qu’il allait leur tomber sur la tête. Les êtres humains n’avaient pas de maisons et ne cultivaient pas la terre : ils se déplaçaient pour cueillir des baies, ramasser des noix, des noisettes ou chasser des animaux.

Un jour, un énorme sanglier d’au moins une centaine de kilos se blessa : c’était une aubaine pour les êtres humains des alentours qui rêvaient de faire bombance. Or, il existait alors deux groupes rivaux : celui des « mammouths », comme leur nom l’indiquait, jetait prioritairement son dévolu sur les mammouths. Le second groupe se concentrait sur la chasse des lapins. Ces deux groupes, qui préféraient des animaux différents pour leur viande et pour leur peau, adoraient les mêmes dieux. Ce serait trop long de vous présenter ici tous les dieux qu’ils adoraient, mais retenons que Gaïa était la déesse de la terre et Ouranos le dieu du ciel.

Nos deux tribus, celle des lapins et celle des mammouths, étaient donc aux aguets pour profiter de l’aubaine : un sanglier blessé et « prêt à l’emploi ». Celle des mammouths, plus rompue aux combats contre les gros animaux, sortit en premier du buisson pour achever le sanglier et en faire son repas du jour. Néanmoins, la tribu des lapins, qui ne voulait pas assister au festin des mammouths, commença l’offensive en lançant des flèches. En quelques minutes, on passa d’un calme olympien à une scène d’une extrême violence. Les dieux, Gaïa et Ouranos, qui observaient la scène, étaient courroucés et décidèrent d’agir. Ouranos déclencha un violent orage et Gaïa fit trembler la terre.

Affolés, les deux groupes n’eurent pas d’autre choix que de se réfugier et de s’entraider. La colère des dieux continua cependant pendant sept jours. Les humaines crurent que le ciel allait leur tomber sur la tête. Toutefois, loin de leur tomber sur la tête, le ciel s’éloigna et s’agrandit. L’espace sembla vide et immense lorsque la colère des dieux retomba.

Lorsqu’Ouranos retrouva son calme, il dit aux êtres humains terrorisés qu’il a créé un grand espace, qu’il a élevé le ciel pour laisser le champ libre à l’imagination, à la créativité et à la spiritualité des humains et pour éviter qu’ils se concentrent uniquement sur la recherche de la nourriture et l’usage de la violence.

Et c’est depuis ce temps que l’espace semble vide, mais qu’il est plein de poésie, de possibles et de rêves.

Élodie Giraudier

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LE RÊVE DE PETITE GOUTTE

Dans une époque très lointaine, Ciel et Mer se confondaient dans un bleu paisible, procurant aux animaux marins un horizon uniforme. Nuit n’existait pas. Pluie n’avait pas encore été inventée. Soleil, majestueux, trônait en plein milieu de Ciel. Rien ne pouvait l’y déloger.

Un jour, Petite-Goutte qui s’ennuyait, observait ses sœurs, impassibles, se serrant les unes contre les autres. Elle se dit : « Que cela est triste. Et si j’organisais une petite fête ? » Elle décida d’en parler à Poisson, qui passait par là, suivant toujours le même chemin, sans se soucier de Mer et encore moins de Ciel.

— Poisson ? appela Petite-Goutte, veux-tu m’aider à faire une immense vague ?

— Eh pourquoi ? D’abord, c’est quoi une vague ? Je suis pressé. Tu ne vois donc pas !

— Regarde au dessus de toi, dis Petite-Goutte, rien ne change. Toujours ce Soleil imposant. C’est monotone, tu ne trouves pas ?

Poisson regarda pour la première fois de sa vie au-dessus de lui. Il vit un disque énorme, magnifique, jaune, en plein milieu de Ciel bleu azur, et qui ne bougeait pas d’un rayon. Étonné, trouvant l’idée de Petite-Goutte intéressante, Poisson alla en parler à Baleine, son amie.

— Baleine ? appela Poisson, que dirais-tu de faire une grosse vague. C’est pour Petite-Goutte. Bon, moi je ne peux pas. Je suis bien trop occupé, et comme tu as l’air de ne rien faire…

Le cétacé ouvrit une énorme gueule, prêt à engloutir Poisson. Mais c’était pour lui répondre.

— Poisson, mon ami. Je dois filtrer la mer tous les jours pour me nourrir. Ça prend du temps. Je n’ai pas que ça à faire. Tu ne vois donc pas !

— Regarde au dessus de toi, dis Poisson, rien ne change. Toujours ce soleil arrogant. On doit lui montrer qui nous sommes, que nous existons, tu ne trouves pas ?

Baleine regarda pour la première fois de sa vie au-dessus d’elle. Elle vit un cercle, jaune, centré dans Ciel bleu azur, et qui trônait crânement au-dessus d’elle. Étonnée, trouvant l’idée de Poisson intéressante, Baleine alla en parler à toutes les baleines de tous les océans du monde.

Poisson revint à la rencontre de Petite-Goutte, pour lui annoncer la bonne nouvelle.

— Petite-Goutte, appela Poisson. C’est décidé. Baleine est d’accord. La fête aura lieu à mi-jour précis.

Petite-Goutte n’en croyait pas ses oreilles. En effet, à mi-jour précis, des immenses vagues se propagèrent dans toutes les directions, dans tous les océans :  en même temps, toutes les baleines de tous les océans du monde avaient plongé. Puis toutes les baleines de tous les océans du monde refirent surface en soufflant tout l’air contenu dans leurs poumons. C’est alors que Ciel se chargea d’un énorme Nuage plein de vapeur d’eau. Il couvrit tous les océans de toutes les mers du monde. Ciel s’obscurcit. Nuage avait caché Soleil :  celui-ci ne vit plus rien, si ce n’est qu’on ne le voyait plus. Des tempêtes se déchaînèrent au quatre coins du globe. Des orages terribles se formèrent. Nuage gronda et mis au monde Pluie qui tomba sur Mer.  Soleil en prit ombrage, et de dépit plus que de colère, céda sa place à Nuit, et alla se coucher.

Ravie, Petite-Goutte regardait ce spectacle féerique et dansait avec ses copines, les autres gouttes d’eau, et bien sûr avec Poisson et sa copine Baleine.

Depuis ce jour, le Ciel de demain ne fut plus jamais comme le Ciel d’hier.

Une petite goutte d’eau avait eu un rêve, et comme tous les rêves, il se réalisa.

Jacques Corneloup

 

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