Comme une image

Puzzle d’images – groupe du lundi

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Midi-Minuit

1 2 3, nuage !

le soleil a perdu la partie

les enfants, eux, s’en soucient peu

ils jouent

courent

s’immobilisent

éclatent de rire

s’effondrent

perdu,

il faut retourner en enfer

regagner peu à peu du terrain

hors d’haleine

sous la pluie

le soleil est en eux

midi

je repars à vélo

j’ai rendez-vous avec le vent

il m’attend,

là,

au détour du chemin

il me pousse plus loin chaque jour

me pousse, m’abandonne soudain

me gifle

m’étourdit

minuit

je reviens dans la vague

vague à l’âme

amulette

étonnée

nez en l’air

air de rien

rien

…….

bain de minuit

je te retrouve

midi

écoute,

c’est l’heure !

Il va parler l’Aïeul

minuit

après la foule

le vide

ne rien voir

ni les papiers qui débordent

ni les ombres sous la pluie

ni ce chat tremblant qui attend

vite à grandes enjambées

rejoindre mon logis

nuit

Mireille Barrelle

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Un, deux, trois, soleil !

Il est trop tard pour t’appeler, trop tard dans la nuit, trop tard dans l’année, trop tard dans la vie.

Tu n’es plus au bout du fil. Et d’ailleurs, tu as coupé le cordon.

Nouvelle naissance pour toi. Porte fermée pour moi.

C’est l’hiver.

Comme le chat sur la 2ème marche devant la porte, j’attends, sans attendre, et en attendant, je n’attends plus….

Devant mes yeux : tout ce que tu as jeté, tous ces emballages autrefois protecteurs et utiles, aujourd’hui envahissants et inutiles…

Il me souvient… Il me vient ton image et ta voix et ta joie

de tremper tes pieds dans l’eau froide d’un torrent,

en Auvergne, autrefois.

Il me revient dans la tête le cri des mouettes sur la plage de Bretagne…

Ton envie de les photographier.

Ta lassitude, ton hébétude devant tout ce boucan maritime.

Il me revient l’intonation de notre amie Zuzana, quand elle terminait une phrase, par un soupir dont on ne savait jamais s’il était exclamatif, plaintif ou franchement rieur : « Jésus Marie Joseph ! ».

En français, avec l’accent de Bratislava. Ça nous faisait rire. Rire sans éclat et sans excès.

Il me revient… nos bouche à oreille, nos secrets, nos serments, nos certitudes, nos servitudes, nos habitudes… Notre vie…

Et cette alliance, ces alliances, la tienne comme la mienne. Les mêmes. Je n’en voyais qu’une, oubliant… qu’il y en avait deux…,

chacun la sienne.

Je n’ai jamais aimé les ciels sans nuage, les bleus carte postale ou revue municipale…

Je n’ai jamais aimé les champs de lavande et les ciels de Provence vantés par tant de publicités.

Toi non plus, tu n’aimais pas. J’aimais trop que nous soyions deux à ne pas aimer la chaleur et la lumière trop crues qui ne savaient pas dire toutes les nuances de la brume ou du vieux temps gris.

Le voici venu, le vieux temps gris.

Maintenant, je rêve. Je rêve à vélo, je rêve qu’il fait jour à minuit, je rêve de vieillir, de vieillir bien… ou peut-être pas. Je voudrais en rire jusqu’au dernier instant, je voudrais aussi… sourire en noir et blanc, sourire avec les sans-dents. Être moi-même sans dents, sans faux sourire et sans fausse vie…

Fermer les yeux, entrer dans la vraie vie, retrouver notre enfant et jouer à 1, 2, 3 soleil dans la nuit.

Françoise

 

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 Puzzle d’images – groupe du jeudi

 

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Contrastes d’automne à Honfleur.

La rue étroite, peu éclairée du centre de la ville d’Honfleur me mène vers le parc près de la mer. Je marche d’un bon pas et arrive vers le premier banc peint en bleu outre mer qui accueille mes premières rêveries lors de cette promenade. Je dois retrouver ma sœur cadette qui habillée de rouge se repose sur la pelouse, en plein soleil. Les papillons virevoltent autour de son chien. Elle a posé son bouquet prés d’elle et je contemple son choix car le rose vif des chrysanthèmes nains explose sur le vert tendre de l’herbe.Ces tons nous ramènent vers l’été mais un peu plus loin, l’automne s’impose par le grand charme qui s’est revêtu d’une écharpe rougeoyante et par une envolée d’oiseaux noirs regagnant les arbres au fond du parc. En marchant d’un bon pas dans l’allée, je fais crisser les feuilles mortes, je heurte un vieux livre de bibliothèque dont les pages s’effeuillent au rythme de l’envolée des pétioles jaunes, verts et marron. Toutes les deux, nous glissons nos pieds dans les amas de feuilles en faisant du bruit comme lorsque nous étions en pleine insouciance de l’enfance. Arrivées au fond du parc, nous ouvrons le portillon qui nous entraîne sur l’immensité de la mer, le vieux port et la jetée, pas loin du cimetière où nous portons les fleurs. Ce paysage bleu lumineux nous plonge dans un espace intemporel maritime où les couleurs de l’automne sont absentes, mais où les tamaris verts vifs se balancent sous le flux et le reflux de la brise. C’est un 1er novembre ensoleillé.

Marie R.

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Fleurs éclatantes de printemps, je sens votre parfum qui m’enivre.

Douceur des jeunes pousses d’herbe qui chatouillent ma joue.

Je pars déambuler dans les rues désertées où s’engouffre une chaleur étouffante.

Soudain, giflée par le vent du large, j’ai le souffle coupé.

Je ferme les yeux et les rouvre sur le paysage rougeoyant de l’automne.

Viens mon chien, allons nous asseoir et prendre le temps.

La vie est comme un livre dont les pages froissées ont souvent été caressées.

Une nuée de mots s’envole et vient chuchoter à mon oreille que l’hiver sera bientôt là.

Alexandra

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Portraits collectifs

Une photo : deux générations et deux frères !

Quatre hommes souriants sur la photo noir et blanc.

A droite, le père, sourire discret, la soixantaine.

Devant lui, son frère, le célibataire, même âge.

Puis, le fils aîné, le plus grand, sobrement vêtu,

la trentaine,

Et enfin Jean, le frère cadet, sourire radieux !

C’est une photo de famille, de celle prise,

Un dimanche soir avant une partie de tarot.

Après la partie, les humeurs seront chagrines pour les perdants !

La mémé s’active à servir ses bols de gratinée,

Met indispensable avant que chacun ne rentre chez soi.

Dimanche dernier, la séance photo s’était déroulée, mais

Il manquait ces quatre hommes partis à la chasse à la bécasse.

Ces quatre compères, bien alignés, souriants, seront

Collés dans un album pour la postérité.

Cette photo complète la représentation de la famille à l’automne.

Enfant, je me souviens des séances photos des déjeuners sur l’herbe ou encore, pour la fête des chevaux à la ferme ou même des grands groupes aux repas de famille…

Ces photos, on les regarde plus de soixante ans après, avec un bonheur ému. Les diaporamas montés avec les photos circulent entre tous les membres comme les généalogies.

Ainsi, on se connait et on se reconnaît !

Marie R.

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C’est étonnant. Ils semblent me fixer avec leurs petits yeux plissés. Plus j’observe cette photo, plus j’ai l’impression d’en avoir été la photographe.

Pourtant, je ne les connais pas. Deux hommes qui se ressemblent entourent un troisième homme qui ne leur ressemble pas.

Que fait-il sur la photo, cet intrus ? Il esquisse une vague grimace qui pourrait évoquer un sourire. Je pense qu’il est plutôt ébloui par le soleil, qu’il plisse les yeux et, qu’une chose en entraînant une autre, cela fait remonter ses zygomatiques barbus. Il me regarde fixement et j’ai la désagréable impression qu’il ne m’aime pas. Au contraire de l’homme qui se trouve à sa gauche, dont les zygomatiques, barbus eux aussi, me sourient affectueusement. Son regard rieur me fait dire qu’une fois la séance photo finie, il va me raconter une bonne blague. Je souris rien que d’ penser. Malgré son âge mûr, il me fait penser à un gamin facétieux.

Le troisième larron ne donnera sûrement pas sa part au chien et son air amical me porte à croire qu’il rira de bon cœur à la blague de son compère. Ensuite, je les imagine bien repartir dans leur montagne, bâton à la main, bérets vissés sur la tête, accompagnant leur troupeau de chèvres. Ils me salueraient de loin et planteraient là leur compère grincheux, crâne luisant au soleil, déçu et seul.

Alexandra

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Monologue de l’un d’entre eux

« Oui, allez, « cheeeese », comme ils disent les rosbifs. Vas-y mon grand, encore un effort, tu vas le trouver le bouton du déclencheur, avant que je ne fonde comme un vieil osso-iraty au soleil.

Oui, ça y est, je suis déjà en train de le dire ton « cheeese » qui pue, ça se voit pas ? Il me tire tellement les traits du visage que les coins de mes lèvres vont finir par se déchirer, alors déclenche maintenant.

Bon sang, qu’est-ce qu’il fait chaud. Je vous aime bien les copains, mais si votre pote le photographe dit le mot « cheeese » encore une fois, je me jette sur lui et je lui mets mes chaussettes sur son gros nez rouge vinasse jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Et, à son réveil, je lui hurlerais un bon vieux « cheeeese » dans les oreilles ! »

Alexandra

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La rue principale d’Alger prend le soleil.

Éblouie par sa beauté, je m’y perds.

Pourtant, l’automne a pris la place du printemps.

C’est l’arbre chatoyant qui me l’a dit.

C’est ce livre de camus trouvé sur les pavés recouverts de feuilles mortes et ouvert à la page de la vie.

C’est ce banc bleu posé au milieu et qui m’a proposé de m’asseoir.

Regarde a t-il murmuré !! Regarde ton destin que ces oiseaux dessinent là-bas au loin !!

Regarde ce chien privé de liberté et que tu aimerais tant libérer comme tu as su te libérer de tes chaînes.

Regarde la mer au-delà de la jetée.

Prends toute cette force qu’elle t’offre.

Regarde ce jeune homme qui s’approche de toi, un bouquet de marguerites sauvages à la main. Elles sont pour toi !!!

Ferme les yeux et savoure l’instant.

Va rejoindre tes rêves.

A toi de te donner les moyens de les réaliser, pour vivre le plus merveilleux des réveils.

Virgine V.

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La photographie immortalise une nuit éclairée par un lampadaire, devant la boutique d’un primeur. L’enseigne annonce « ambiance textile ».

Au centre, une jeune femme blonde fume une cigarette, accoudée à la rampe d’un escalier. Elle a fait pousser une fleur dans ses cheveux. Elle a revêtu une robe noire, courte, boutonnée sur le devant et cintrée par un lien bordeaux. Le haut des marches masque ses talons.

Sur sa droite, une femme noire lui fait la morale avec ses vêtements longs, larges aux couleurs vives de l’Afrique et ses chaussures à semelle compensées. Elle dénote dans le paysage mais elle détient la sagesse. Un boubou sur la tête, son ombre se dessine sur le mur.

La femme blonde l’écoute poliment mais les paroles de la femme noire ne l’atteignent pas.

Quelques marches plus bas, adossée contre le mur de gauche, une autre jeune femme vêtue d’une robe rouge, courte. Elle porte de très hautes bottes. Elle est absorbée par sa discussion avec un jeune soldat habillé d’un pantalon foncé et d’une veste beige. Il négocie le prix de sa nuit.

La photographie, capturée pendant la guerre, fut transmise aux autorités

Virgine V.

***

Elle a la sagesse. Une femme ne fume pas. C’est mauvais pour sa santé et ça attire le mauvais œil.

Elle a la sagesse. Une femme ne s’habille pas comme ça ! C’est vulgaire et ça ne se fait pas !!

Elle a la sagesse. Une femme ne vend pas son corps. Elle l’offre à celui qu’elle a choisi pour la vie.

Elle a la sagesse. Cette guerre est bientôt terminée. Jusqu’à la prochaine ajoute t-elle dépitée.

Elle a la sagesse. Elle s’épuise à dire à celle qui, pour elle ne l’a pas.

Celle qui n’a pas la sagesse n’entends pas. Elle se contente de vivre.

« Ne conseille que si on te le demande, sinon, tu te mêles de ce qui ne te regarde pas »

Virgine V.