Comme si nous…l’assemblée des clairières

À partir du spectacle « Comme si nous…l’assemblée des clairières »

Variations autour de la disparition des 25 enfants de la chorale du centre social de Chantoiseau

Mathieu savait que cela allait se produire. Comment ? ça il ne se l’expliquait pas, c’était en lui, dans ses pensées, dans ses rêves depuis toujours. A 16 h, il plongea dans ce trou de ver suivi par le Chœur. Sa montre marqua 5 secondes de plus. Ces 5 secondes, le passé ne les rattraperait jamais. Ils étaient désormais libres, dans un futur si proche.

Elle avait cru les endormir, cette Mme Hamelin, avec son nom de joueur de flute, de charmeur de rats et d’enfants. Lui aussi connaissait l’histoire, elle avait bercé sa petite enfance… Il sourit dans sa toute jeune barbe. Loin des contes de fées, internet lui avait fourni, avec un peu d’efforts et un logiciel de hacking, pas mal d’informations croustillantes sur la « apparemment si bien comme il faut » Mme Hamelin. Désormais ils la tenaient. Elle les aiderait réussir leur plan d’évasion. Il sourit, rêva que sa barbe avait poussé comme celle de Raiponce, et en pensées, s’échappa de la tour…

La garce, elle les avait bien eus, avec son tour de chant qui parlait d’évasion et de liberté. Elle leur avait fait miroiter un monde nouveau, un endroit où ils seraient maîtres de leur destin. Il y avait eu ces longs conciliabules dans le dortoir des filles ou des garçons, les plans savamment ourdis, la panne de moteur de leur bus, planifiée. Et puis pour finir, ce cachot sans fenêtre où ils grelottaient, attendant son bon vouloir de folle.

Mathieu avait frappé à la porte de Mme Hamelin car il avait cru entendre comme un long bruissement de serpent qui se coule dans les herbes. Il vit que la porte était entrouverte et se glissa dans la chambre. Elle était là, respirant doucement, verte et luisante. C’était sa voix mais ce n’était plus elle. Elle lui parla d’un ailleurs, d’un autre destin, d’une autre planète. S’ils le voulaient, ils pourraient la suivre, rejoindre son vaisseau. Elle avait fait son temps sur terre.

Ils avaient lu et relu Voyage au centre de la terre. Ils avaient étudié les cartes, préparé en secret les cordes, les boussoles et les vivres. C’est Tiany qui avait découvert la grotte, un beau jour de printemps, avec son grand frère. Elle s’enfonçait très loin sous terre et ils n’avaient pas pu faire tout le chemin avant de remonter à l’air libre.

A six heures, ce 23 avril 1999, le bus qui les ramenait au centre cahota et s’arrêta comme prévu, moteur en panne. Ils s’évanouirent dans la pénombre, puis la grotte les happa.

Christine