Christian Bobin

 

« On commence à écrire.

Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour. C’est pour rejoindre le sauvage, l’écorché, le limpide. On écrit une langue simple. On ne fait aucune différence entre l’amour, la langue et le chant. Le chant, c’est l’amour. L’amour c’est un fleuve. Il disparaît parfois. Il s’enfonce dans la terre. Il poursuit son cours dans l’épaisseur d’une langue. Il réapparaît ici ou là, invincible, inaltérable. (…) Alors, on écrit. Alors, on retourne au désert pour y trouver une source. C’est en écrivant que cela arrive. Un sentiment mêlé de tout, comme du feuillage avec de la pluie. C’est une joie qui arrive et nous rend malheureux. Elle nous vient de ce chant qui s’élève de l’enfance, qui y retourne. C’est pour l’écouter que l’on écrit. C’est pour écouter le chant si pur de la baleine aux yeux verts. Elle chante le vent qui passe, la rose qui brûle, l’amour qui meurt. »

Christian Bobin – extrait de La part manquante.

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