Avoir un corps

Abécédaire
Que se passe-t-il ? L’auriculaire me chatouille car je me fais de la bile entre mes chutes de cheveux et de dents. Même l’émail des dents craint le froid qui fouette dans ma gueule halée par le soleil du ski. Qu’arrive-t-il à l’iris de mes yeux lorsqu’ avec l’eau de la douche glacée, je ne vois plus rien. Et pour la jambe ? Le kinési a des larmes dans les yeux lorsque son majeur se bloque sur les nodules de mon pied. Une vieille entorse, sans doute ? Voilà dit le médecin, c’est l’ongle du pouce qui est incarné ce qui produit des douleurs dans la quille. En pleine nuit, la rhinopharyngite me tire de mon sommeil, je suis en nage, j’ai chaud, j’ai froid : sur mon talon gauche usé me gratte la verrue ce qui me coince les zygomatiques ! Ah, ah, ah, ah !!!
Marie R.


souvenir corporel

La première fois aux ARCS que j’ai fait le kilomètre lancé, je n’avais pas perçu tous les ressentis dans le corps et l’âme. Il faisait un grand soleil et jeune, j’étais avide de trophées et de médailles de l’Ecole de Ski Français. La fusée était le symbole du KL. Elle pouvait être d’or, d’argent ou de bronze.
Ce matin là, j’étais bien calée dans les chaussures, je ne sentais pas mes bouts de pieds. Les skis très longs et plus larges que l’on nous avait prêté pour l’épreuve rendaient la marche glissée plus lente. Le corps ne faisait aucune résistance, tout se déroulait vite et avec souplesse, à pas feutrés sur une neige intouchée, vierge de toute trace. On était à plus de 3000 mètres d’altitude et le bas de la piste du lancé balisée avec des filets rouges s’arrêtait au loin. C’était impressionnant mais le corps a besoin de performance à l’âge de 17 ans. On devait faire plus de 100km/h et je savais que l’on pouvait demander à nos muscles de gros efforts et à notre tête une concentration maximale. Je respirais à fond et l’air glacial pinçait la peau du visage, les pommettes rougissaient et cette bise piquait les yeux en déclenchant des larmes de joie et d’excitation.
Arrivée sur le pentu du départ, j’ajustais le casque profilé de couleur fluo donné pour l’épreuve, je serrais les chausses profilées fluo sur les mollets par dessus le fuseau. Je me positionnais face à la pente et l’espace d’une seconde, la peur passa de bas en haut de mon corps. Un frisson peu fréquent dans une vie de lycéenne ! GO ! Je suis accroupie, je me laisse glisser en prenant la posture du descendeur pour durer les 1200 mètres de piste, à toute vitesse. J’assure la stabilité des planches en poussant sur les talons et en me penchant pour avoir la position de l’œuf : FLASH ! La photo de contrôle et la mesure de vitesse sont effectuées à 1000 mètres du départ. Très lentement, je me redresse en continuant une glisse rectiligne jusqu’à l’arrêt total. Mon corps se relâche…j’ai très chaud, mon dos est moite, mes mains aussi alors qu’il fait moins vingt degrés. J’ai envie de crier, de hurler, c’est gagné ! Le score est bon pour une première fois et il y en aura plein d’autres ! Quelles sensations de légèreté du corps dans l’immensité du domaine skiable dans cette épreuve de vitesse hors du commun qu’est le Kilomètre Lancé.
Marie R.

Une vie de corps

Tu t’appelles Marie et les photos mises sur le bureau te présentent à différents âges de la vie et de ton corps. « Tu ne changes pas » disait ma mère !  « Mais si, on change et le corps prend les marques du temps qui passe. ».
A 4 ans, tu étais un petit bout de fille espiègle et souriante avec des tout petits pieds et des grands cheveux très bruns. Les séances de coiffage de tes poupées révélaient le temps passé par ta mère pour que tu aies cette chevelure magnifique à la fois lisse et bouclée.
A 16 ans, les cheveux très noirs, noirs de geai et coupés archi courts mettaient en relief les traits fins de ton visage très jeune. Le maquillage vert des paupières de tes petits yeux marron te donnaient un air élégant. Les petits talons vernis qui chaussaient tes petits pieds complétaient le corps de l’adolescente vêtue d’une petite robe noire parce qu’elle veut paraître plus que son âge.
A 26 ans, les cheveux noirs ébène, brillants mi longs et ondulés te classaient dans les jeunes femmes, d’allure sportive. Le petit tailleur marine à pois blancs te donnait une allure habillée et mettait en valeur ta taille moyenne dans cette roseraie de la ville.
A 50 ans, les cheveux très courts, à peine maquillée, juste un trait d’eye liner pour forcer ton regard brillant…tu souriais et tu posais parmi tes amis avec un vêtement où le coquelicot du motif et ses couleurs gaies mettait en avant ton corps jeune et sportif. C’était ton anniversaire : 5 fois dix ans ! Comme tu aimais à dire !
A 67 ans, les cheveux bruns, pleins d’électricité, teints de brun noisette… tes traits sont fatigués par l’ignoble mal qui ronge ton corps depuis quatorze ans. Tu as changé ! Parfois les moments d’accalmie te laisse te mouvoir ce corps usé et grossi par l’absorption de trop de cortisone. La lenteur de ton corps abandonné aussi par des pieds déformés de douleurs a changé toutes tes apparences. Sur ton visage surgit l’expression d’une tristesse atténuée puis d’un large sourire comme si tu étais résignée par les effets de la maladie sur ton corps.
Marie R.

***********************************************************************

 

Le plus beau jour de leur vie…

Bernadette et François se connaissaient depuis fort fort longtemps quand ils décident de se marier…

Bernadette passe l’Anneau au doigt de François. Elle embrasse goulûment sa Bouche de mérou. Aussitôt, cet excès d’effusion en public provoque une Crise de foie chez le jeune marié. François a les Dents du fond qui baignent. Il se précipite dans les toilettes et s’Explose le nez sur la cuvette. Son Front dégarnit luit de sueur. Grand par la taille et petit par le courage, l’homme se met à sangloter. Bernadette qui l’a suivit, se met à rire à Gorge déployée.

Pendant que François se débat avec ses Haut-le-cœur et ses Intestins retournés, c’est un haut-le-corps qui saisit Bernadette de l’intérieur. Indignée par un tel manque de dignité et par l’haleine de chacal de François, elle le regarde s’enfoncer dans son ignominie. Elle l’observe et découvre ulcérée ses Jambes arquées et ses Kilos superflus. S’en est trop !!!! Sa Langue de vipère la titille. Mâchoire de lapin, Nez en trompette, Oreilles de choux !!! Mais comment ne s’est-elle pas rendue compte de tout cela auparavant ??!!!

Les Pieds de poule du carrelage se mettent à danser. Bernadette est excédée : ce n’est pas deux, mais Quatre mains gauches que sa mère a données à celui qu’elle vient d’épouser !!!

Bernadette Ronge ses ongles jusqu’au sang pendant que François tente de se relever, S’emmêle les pinceaux, s’affale à nouveau sur le sol.

La jeune femme regarde le spectacle et se Tape le cul par terre. Elle en profite pour Unifier son teint. A Vue de nez, Bernadette est dépitée. Non plus avec ses Yeux de merlan frit, elle observe son mari et lui lance de toute sa hauteur : je te laisse avec ta cuvette de toilettes. Je vais rejoindre ton témoin qui me fait de l’œil depuis belle lurette. Lui au moins, même s’il est rapide comme un lapin, il est monté comme un cheval. Elle conclut avec un sourire jusqu’aux oreilles : je te remercie, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu mal aux Zygomatiques !!!

Virginie V.